Le Fed doit agir
Larry Kudlow

On pourrait résumer simplement le débat sur la santé de l’économie américaine, sur le virus constitué par les crédits subprime et sur le rôle qui doit être celui de la politique monétaire de la Fed de la façon suivante: un gel des liquidités et du crédit ne survient pas, et du papier commercial et des prêts bancaires de mauvaise qualité n’existent pas, quand les banques centrales sont flexibles.
Les paniques financières et les tensions sur les marchés sont des symptômes de politiques monétaires trop restrictives. Et les peurs, les tremblements, les anxiétés d’aujourd’hui signalent très exactement des politiques de ce genre.
Les économistes ne cessent de scruter les indicateurs susceptibles de permettre de déterminer si les banques centrales mettent en circulation trop ou trop peu de liquidités. Ils observent à cette fin les cours des monnaies, ceux des matières premières, les taux et une multitude d’autres paramètres. Ils observent aussi l’état des marchés financiers, et ceux-ci aujourd’hui montrent une peur face au risque et une absence globale de confiance. Plus que tout autre indicateur, c’est cette peur et cette absence de confiance qui devraient signaler au Fed (et sans doute à la BCE et à la Banque d’Angleterre) que quelque chose ne va pas.
Et c’est là tout ce que ces banquiers doivent savoir s’ils veulent comprendre pourquoi leurs politiques actuelles sont sans pertinence, et nocives pour la stabilité financière et pour la croissance.
Les statistiques décevantes concernant l’emploi renforcent ce que je viens d’écrire. Selon moi, de mauvais résultats en ce domaine sur une période d’un mois ne sont pas, en soi, un événement majeur, et ne constituent aucunement a priori le signe d’une récession à venir. Mais la perte inattendue de milliers d’emplois salariés est, dans le contexte des chocs subis par le système financier, logique.
Après les baisses d’impôts décidées par le Président Bush voici quatre ans, nombre d’entre nous affirmaient que celles-ci seraient positives pour l’emploi et les statistiques du chômage. Nous avions raison. Plus de huit millions de nouveaux emplois ont vu le jour depuis, et le chiffre du chômage est passé de 6,3% à 4,5%. L’élan risque aujourd’hui de s’essouffler.
Tout n’est pas sombre. Si l’espoir de voir qu’il ne s’agit que d’un simple ralentissement passager se trouve mis en péril par la situation financière, celui-ci n’est, pour autant, pas mort. Divers indicateurs récents montrent que le secteur des services et celui de la production de biens manufacturés sont en expansion. Les ventes de biens de consommation sont, pour le mois d’août, supérieures aux chiffres attendus.
Le marché du papier commercial pour les prêts à court terme continue, cela dit, à chuter et a connu une évaporation forte qui risque de se poursuivre. Aujourd’hui, les investisseurs sont plus que désireux d’acheter du papier du Trésor à 4%, mais du papier commercial à 6% ne trouve pas preneur. Ce qui se passe ici à Wall Street se passe aussi à Londres.
Le problème est que si les entreprises ne peuvent avoir accès au capital nécessaire au financement de leurs activités quotidiennes, elles devront réduire celles-ci. Ce qui se traduira par de nouvelles pertes d’emploi.
Les entreprises américaines connaissent déjà la première baisse de leurs profits depuis cinq ans. Les grandes entreprises non financières ont vu leurs profits baisser au cours de trois trimestres consécutifs. Les rentrées fiscales venant des entreprises sont en chute libre, et sont tombées de 29% en un an.
Si les grandes entreprises continuent à bénéficier des gains effectués par leurs branches et filiales situées à l’étranger, leur situation à l’intérieur du pays se détériore vite. Et on peut s’attendre à ce que le secteur financier réserve encore de mauvaises surprises si les engrenages actuels suivent leur cours.
Ces questions sont peu évoquées aujourd’hui dans les débats politiques, mais ne nous y trompons pas, l’évolution des choses au cours des semaines et des mois à venir pèsera lourd le jour des élections.
Le Fed est, bien sûr, une agence indépendante. Aucun de ses membres ne se présentera devant les électeurs en novembre 2008. C’est néanmoins le Fed qui, plus que tout autre preneur de décision politique, tient les clés de notre futur économique. Malheureusement, il a, jusqu’à présent, gravement sous-estimé la dislocation en cours des marchés financiers.
Si les banquiers centraux retrouvent la lucidité, ils verront que la panique présente constitue une raison suffisante pour abaisser les taux directeurs d’au moins un point. De nouvelles liquidités devraient être injectées dans le système bancaire. Cela permettrait un retour de la confiance sur les marchés. Une baisse des taux directeurs ne viendrait pas seulement soulager les banques, mais, en abaissant le coût de la monnaie permettrait une revalorisation des biens mobiliers et immobiliers. Une politique monétaire favorable à la croissance, de surcroît, renforcerait le dollar et ferait baisser le prix de l’or.
Voici peu, Alan Greenspan comparait la situation financière actuelle à celle de 1987 et aux effets de la chute, en 1998, de Long Term Capital Management (pour faire bonne mesure, le maestro a ajouté la crise foncière de 1837 et la panique bancaire de 1907). Fort heureusement, les paniques financières ne surviennent que rarement. Ce qui se passe aujourd’hui ressemble à la vieille course de gens paniqués pour retirer leur argent de la banque. Avec cette différence que la banque aujourd’hui est le marché monétaire mondial.
Le Fed peut apporter un remède. Mais il devrait se dépêcher.
Larry Kudlow est responsable des pages financières de National Review on line et présente sur CNBC l’émission Kudlow and Company.