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L’économie américaine est toujours « en crise » les années d’élection

L’économie américaine est toujours « en crise » les années d’élection

Les années d’élections présidentielles, lorsque les candidats évoquent l’existence de telle ou telle « crise » pour laquelle ils connaissent les remèdes indispensables l’angoisse monte, et un sentiment de souffrance s’installe dans le pays. Le Wall Street Journal a contemplé la jungle économique à la façon dont Joseph Conrad observait le Congo, et a crié : « horreur, horreur ».

La baisse des prix immobiliers et les fluctuations du marché des actions poussent certains Américains a retardé le moment où ils prendront leur retraite. Un habitant du Kansas voulait se retirer en Arizona, mais le Journal dit : « les chiffres lui indiquent qu’il devra attendre un ou deux ans encore ». L’homme a, aujourd’hui, 59 ans.

Nous sommes ici face à l’une des facettes de la crise profonde d’aujourd’hui : cet homme devra travailler jusqu’à 61ans, peut-être plus encore. C’est en général l’âge où les Américains commencent à pouvoir toucher les versements issus du système de Social Security*.

La proportion des gens âgés de 55 à 64 ans qui travaillent a augmenté de 1,5 pour cent entre avril 2007 et février 2008. Celle des gens âgés de plus de 65 ans  qui ont un emploi a, elle, augmenté de 0,2% pendant la même période. Le Journal écrit : « La perspective de voir des grands parents travailler dur pendant les belles années qui leur restent n’est pas conforme au rêve américain ».

L’idée que consacrer ces belles années aux loisirs est un droit universel est assez récente. Perturbés psychologiquement par les « avantages acquis » résultant des métastases de l’Etat providence, les Américains auraient donc aujourd’hui une telle sensibilité à la douleur que celle ci pourrait consister en un simple et léger délai avant que vienne le moment de prendre une retraite subventionnée qui dure le plus souvent un tiers de la vie adulte.

En 1935, quand le Congrès a fait voter la loi instituant la Social Security, la retraite était un luxe dont ne jouissait qu’une petite fraction de la population. Lorsqu’il a fixé l’âge de la retraite à 65 ans, l’espérance de vie des Américains de sexe masculin était de 65 ans. Si en 1935, le Congrès avait indexé l’âge de la retraite sur l’espérance de vie, l’âge de la retraite serait aujourd’hui 75 ans.

La définition généralement acceptée d’une récession, deux trimestres éloignés de plusieurs mois d’une phase récessive. La baisse de 9,9% de l’indice SP 500 au premier trimestre se situe au 40é rang des pertes répertoriés dans l’histoire de l’indice. Une comparaison utile pourrait évoquer une baisse de 39,4 % au second trimestre de 1932.

L’économie n’a subi aucun traumatisme grave ou durable à la suite de baisses de 10,3, 14,5 et 23,2 pour cent survenues, respectivement, au troisième trimestre de 1998, au troisième trimestre de 1990, et au quatrième trimestre de 1987.

Oui, en janvier, les maisons individuelles dans les grandes zones métropolitaines des Etats-Unis  ont perdu 10,7% de leur valeur en un an. Pour trouver une baisse aussi importante sur douze mois, il faut remonter très loin dans la préhistoire, au moins jusqu’aux années 1990. Qui plus est, la grande majorité des propriétaires immobiliers continuent à bénéficier d’une hausse globale et longue, même si le marché devait procéder à une correction plus importante.
Entre le début de 2000 et le milieu de l’année 2006, alors que l’indice des prix augmentait de 21%, les prix moyens de l’immobilier ont augmenté de 93%, et ils se sont accru bien davantage dans certains marchés : Miami 180%, Los Angeles, 175%, Washington DC, 150%.

Voici peu, on s’accordait à dire que l’épargne et la richesse d’un trop grand nombre d’Américains était liée au parc immobilier, et que le principal obstacle à l’accès à la propriété n’était pas la rareté des prêts avantageux, mais la hausse vertigineuse des prix dans le secteur. Ce qui rendait désirable une baisse des prix.

Jusqu’à présent, au cours de la « crise » actuelle, le taux de propriété immobilière a baissé de 0,3% depuis 2004. Se situant à 67,8, il reste plus élevé qu’il ne l’était au moment où Bill Clinton a quitté ses fonctions.

Les prêts subprime sont une petite minorité de l’ensemble des prêts, et seule une petite minorité des emprunteurs concernés n’honorent pas leurs échéances. Présenter cette minorité d’une minorité comme victime de prédateurs correspond fort bien aux fantasmes de la gauche, selon lesquels la majorité des petites gens sont victimes d’élites sans scrupules ou de forces impersonnelles, et ne sont pas capables de se confronter aux complexités de la vie sans supervision gouvernementale.

Les choses sont, de fait, plus complexes que le choeur des pleureurs ne le laisse supposer. Les 96% d’emprunteurs qui honorent leurs échéances, pourraient même devenir grincheux si les 4% restants, pour qui l’expression « taux d’intérêts variables » est mystérieuse et impénétrable,  bénéficient de faveurs et d’aides diverses.

Quelle sera la suite si on suit cette logique? Les adultes qui ont contracté des prêts pour payer les études de leurs enfants n’ont pas encore fait connaître leur droit à bénéficier d’aménagements financiers, mais en regardant ce qui se passe dans le domaine des subprime, ils pourraient y songer.

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George Will est éditorialiste au Washington Post.

*La Social Security américaine est un système de retraite par répartition institué sous la présidence de Franklin Roosevelt en 1935.




Ecrit par GEORGE WILL
Le : 02/05/2008

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