LE GEANT AMERICAIN SE REDRESSE TOUJOURS
La nouvelle année a commencé non par un soupir, mais par un gémissement venu de Wall Street, d’économistes se hâtant de réviser leurs prévisions pour 2008, et de journalistes parsemant les premières pages des journaux d’histoires effrayantes parlant de propriétaires immobiliers expulsés de chez eux et de consommateurs en faillite personnelle. Le chanteur de country Kris Kristoferson ne pensait pas aux investisseurs ou aux banquiers lorsqu’il parlait de « l’homme qui avait un futur empli d’argent et de rêves qu’il a dilapidés vite, comme s’il avait peur qu’ils se fassent démodés ». Mais cela pourrait être une description de l’état d’esprit nombreux investisseurs et banquiers aujourd’hui.
Ceux-ci ont effectivement de quoi s’inquiéter. Le pétrole a finalement atteint les 100$, ce qui a entraîné une baisse du prix des actions et une hausse du prix de l’or à mesure que se répandaient les rumeurs évoquant des surcroîts d’inflation et des pays en voie de développement enlisés davantage encore dans la pauvreté. La hausse des prix de l’alimentation venant s’ajouter à la hausse du prix des carburants réduit le pouvoir d’achat des consommateurs et le condamne à n’être que l’ombre de ce qu’il était voici peu. Le taux de chômage aux Etats-Unis est passé le mois dernier de 4,7 à 5%. Le secteur manufacturier américain ralentit, avec une baisse des ventes de véhicules automobiles, en particulier.
Le fait que tout cela puisse mener à une récession en 2008 reste pour autant fort loin d’être assuré. D’abord, la Maison Blanche peut mettre en place un ensemble de dispositifs fiscaux appropriés. Des rumeurs laissent entendre que le Président envisage de relancer la croissance économique en permettant des exonérations supplémentaires sur les capitaux investis ou, si le Congrès l’accepte, en abaissant la fiscalité sur les entreprises. Ensuite, nul ne peut être certain que le Fed, désormais inquiet face à l’idée que le ralentissement puisse s’accentuer, ne va pas accentuer le rythme de la baisse des taux.
Il y a, certes, des choses qu’il faut savoir. Deux forces se sont combinées qui vont changer la structure du secteur des services financiers. La première est la nécessité pour de nombreuses banques de consolider leur situation en attirant des fonds propres. La seconde est la nécessité pour les fonds souverains des pays producteurs de pétrole et d’autres pays exportateurs de se trouver placés. Les résultats ont d’ores et déjà été l’achat par ces fonds de parts importantes de Merrill Lynch, de Citigroup, d’UBS et d’autres banques. Jusqu’à présent les politiciens sont restés silencieux de peur d’être accusés d’interférer avec le flux de capitaux indispensables. Cela ne durera vraisemblablement pas.
On sait, en parallèle, qu’à mesure que le dollar se déprécie, les banques centrales étrangères sont de moins en moins enclines à garder en réserve des portraits d’anciens Présidents américains, et plus intéressées par la diversification de leurs réserves financières. La part du dollar dans les réserves de change des banques centrales étrangères est passée de 66,5 à 63,8% au cours de l’année écoulée. Elément tout aussi important, les pays producteurs de pétrole qui acceptaient jusqu’à présent des paiements en dollars, et avaient indexé leurs monnaies sur le dollar, trouvent le maintien de ces politiques toujours plus malaisé. Les dollars que les pays arabes utilisent pour payer la main d’œuvre étrangère qui se livre aux tâches que leurs citoyens ne veulent pas remplir, ont de moins en moins de valeur lorsqu’ils sont envoyés aux épouses et aux familles. Cela cause des perturbations sociales qui horrifient les classes dirigeantes des pays concernés. Mon idée est qu’ils vont commencer à indexer leurs monnaies sur un panier de devises qui incluent le dollar, mais dans lequel l’euro occupera une place importante.
On sait deux autres choses. La première est que l’économie américaine va effectivement ralentir, au moins pendant le premier semestre 2008, en raison de ce qu’on appelle la « crise du crédit » (les banques sont, en fait, inondées de liquidités). La seconde est que l’Amérique élira un nouveau Président qui devra plaire non seulement aux syndicats mais à un spectre large d’électeurs désireux de voir le pays revoir ses positions traditionnellement favorables au libre échange. Doha, et divers autres accords commerciaux, s’ils ne sont pas encore morts devraient, en ces conditions expirer bientôt . Le flux libre des marchandises sera davantage entravé par des mesures protectionnistes, le libre flux des capitaux sera menacé l’inquiétude face à l’opacité des fonds souverains opaques, et la libre circulation du travail le sera par des contrôles accrus aux frontières.
Ce sont là, cela dit, de petites choses par comparaison avec la grosse chose que nous savons fort bien. L’économie américaine est une machine étonnamment flexible et résistante. Rappelez vous la bulle internet qui est souvent évoquée comme ce à quoi devrait ressembler ce que nous allons connaître. Depuis cette période trouble, l’économie américaine a créé plus de huit millions de nouveaux postes de travail, la valeur des biens et services produits en Amérique, ajustée par rapport à l’inflation, s’est accrue de 15%. Et même après la chute de ces derniers jours, l’indice du prix des actions se situe très nettement au dessus du niveau de l’époque. Le Dow Jones et le Standard and Poor’s se sont élevés d’environ 70% depuis la bulle internet, le Nasdaq, bien que toujours inférieur à son niveau d’avant la bulle, s’est élevé, lui, d’environ 110%.
Si vous avez besoin de preuves supplémentaires de l’aptitude de l’économie américaine à survivre et de prospérer après avoir dû encaisser un choc, considérez la vitesse avec laquelle le produit intérieur, l’emploi et tous les autres indicateurs se sont élevés après les attaques du 11 septembre ou l’ouragan Katrina. Ou demandez vous si vous pouvez définir l’impact durable de ces événements survenus pendant les années Clinton, considérées aujourd’hui comme un âge d’or : la crise du peso mexicain, la crise financière en Asie et ce que les économistes appellent « la crise de confiance et de légitimité du système monétaire et financier international ».
Il est courant de diviser l’approche de l’année qui vient de s’achever en deux parties : un premier semestre de prospérité, suivi par six mois marqués par la crise des subprimes. L’année qui commence pourrait bien se dérouler à l’inverse ; un premier semestre orageux, suivi par un retour graduel à l’optimisme, à mesure que les entrepreneurs américains découvrent de nouveaux domaines à conquérir.
Irwin Stelzer est directeur des études économiques au Hudson Institute.
Ecrit par IRWIN STELZER
Le : 11/01/2008
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