Oubliez les discours qui parlent de récession. Le monde est sur le point d'entrer dans une nouvelle ère où des médicaments miracles vaincront le cancer et d'autres maladies mortelles, et où des avancées scientifiques et techniques mèneront à une prospérité et une croissance globale sans précédent.
Optimisme déraisonnable ?. Peut-être. Mais il y a des raisons d'être optimiste, et elles ne relèvent pas de la science-fiction, mais de ce qu'on a nommé à tort la science lugubre, l'économie.
Aux fins de comprendre pourquoi l'économie incite à un tel optimisme, imaginez qu'il existe deux maladies mortelles. L'une est relativement rare, l'autre est plus commune. Si vous deviez choisir, préféreriez-vous être affecté par la maladie rare ou par la maladie commune ?
Si vous ne voulez pas mourir, il vaut mieux préférer la maladie commune. La raison ? Le coût d'élaboration des médicaments pour les maladies rares et pour les maladies communes est à peu près le même, mais pas les revenus qu’on peut en attendre. Les compagnies pharmaceutiques se concentrent sur l'élaboration des médicaments dont le marché est le plus large, parce que des marchés plus larges signifient davantage de profits.
Le résultat est qu’il existe plus de médicaments pour traiter des maladies qui touchent beaucoup de gens que pour traiter les maladies rares, et plus de médicaments signifient une espérance de vie plus longue. Les patients atteints de maladies rares, ceux situés dans le quart inférieur en termes de fréquence de diagnostic, ont quarante-cinq pour cent de risque supplémentaire de mourir avant l'âge de cinquante-cinq ans que les patients affectés par des maladies plus communes.
En ces conditions, imaginez ceci : si la Chine et l'Inde étaient aussi riches que les États-Unis, le marché pour les médicaments contre le cancer serait dix fois plus important qu'il ne l'est aujourd'hui.
La Chine et l'Inde ne sont, bien sûr, pas encore aussi riches que les États-Unis, mais leurs économies croissent rapidement et avec elles, le marché pour de nouveaux médicaments. Le cancer est maintenant la principale cause de mortalité en Chine, et les dépenses pour son traitement s'accroissent de dix-sept pour cent par an. Pour se rapprocher du marché chinois, Astra-Zeneca et Novartis construisent des centres de recherches importants dans le pays, dont les travaux bénéficieront aux patients du monde entier.
Comme la pharmacie, les microprocesseurs informatiques, les logiciels et les produits chimiques impliquent eux aussi des dépenses de recherche et de développement importantes. A mesure que l'Inde, la Chine et d'autres pays deviendront plus riches, les entreprises accroîtront leurs investissements planétaires en recherche et développement. Aspect plus crucial encore : à mesure que les marchés se feront plus importants, les entreprises et les pays feront travailler davantage le capital crucial pour l'amélioration de l'humanité : l'intelligence humaine.
Chiffre étonnant, il n'y a aujourd’hui que six millions de scientifiques et d'ingénieurs sur la planète entière, dont un quart ou aux Etats-Unis. La pauvreté signifie que des millions de scientifiques de talent passent présentement leur vie à essayer de gagner les moyens de survivre plutôt qu’à conduire l'humanité en direction du futur. Mais si le monde dans son ensemble était aussi riche que les États-Unis et consacrait la même partie de sa population à la recherche et au développement, il y aurait plus de cinq fois plus de scientifiques et ingénieurs sur la planète.
Les gens ont l'habitude de penser qu’une population plus nombreuse est mauvaise pour la croissance. Selon ce point de vue, les gens sont des estomacs, ils mangent et laissent dès lors moins pour les autres. Or, une fois que nous comprenons l'importance des idées dans l'économie, les gens deviennent des cerveaux, ils innovent et créent davantage pour un plus grand nombre.
De nouvelles idées signifient davantage de croissance, et même de petits changements dans le taux de croissance économique produisent des avantages économiques et sociaux importants. Au niveau actuel de revenus, avec un taux de croissance ajusté par rapport à l'inflation de trois pour cent par an, le produit intérieur brut américain par tête dépassera un million de dollars par an dans tout juste cent ans, plus de vingt deux fois ce qu'il est aujourd'hui. Une croissance telle que celle-ci permettra de résoudre de nombreux problèmes.
Au XXé siècle, deux guerres mondiales ont soustrait l'énergie que deux générations auraient pu consacrer à la production et l’ont vouée à la destruction. Lorsque les horreurs se sont achevées, le monde était divisé et secoué. Le communisme a isolé une bonne partie du monde, et réduit le commerce des idées et des biens au détriment de chacun. La pauvreté mondiale a signifié que les États-Unis et d'autres pays ont porté le fardeau et fait avancer la connaissance presque seuls.
Les batailles du XXé siècle n'ont pas été menées en vain. Le commerce, le développement et la libre circulation des hommes et des idées unissent l'ensemble de l’humanité, et maximisent les incitations et les moyens de produire de nouvelles idées. Cela nous donne des raisons d'être très optimiste concernant le futur.
Ecrit par Alexander TABARROK
Le : 20/01/2008
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