Les nouveaux dissidents
Autrefois, les médias croyaient au libre échange des opinions concernant les décisions politiques. Les gens qui avaient des doutes concernant telle ou telle affirmation mise en avant par des activistes pouvaient exprimer leurs pensées sans craindre la censure ou le ridicule. Et de fait, si on veut être objectif, il faut dire que c’est toujours le cas dans de nombreux domaines.
Mais il existe un secteur concernant lequel aucune divergence n’est acceptée : le changement climatique. Sur un mode qui rappelle celui qui existait dans l’ancienne Union soviétique, les gens qui sont en désaccord avec les thèses et les dogmes avancés par Al Gore et le courant catastrophiste se trouvent qualifiés de « négationnistes », terme destiné à associer ceux qui osent penser autrement avec une forme de maladie mentale voire une complicité avec des atrocités (le mot négationniste renvoyant, souvent, à la négation de la shoah). « Quinze pour cent des gens croient encore que les premiers pas de l’homme sur la lune ont été mis en scène dans un studio de cinéma, et quelques personnes imaginent toujours que la terre est plate », a déclaré Al Gore. « Ils devraient se réunir un samedi soir, et faire la fête avec les négationnistes du réchauffement global ».
Si seuls quelques excités ont proposé d’envoyer les « négationnistes » dans un camp de concentration, la grande presse a d’ores et déjà mis en place un système d’exclusion. Rob Gelbspan, ancien rédacteur en chef du Boston Globe a dit les choses clairement dès juillet 2000 : « Non seulement les journalistes n’ont pas le devoir de rapporter ce que les scientifiques sceptiques disent sur le réchauffement global, mais ils ont le devoir de ne pas rapporter ce que ces scientifiques disent », a-t-il affirmé lors d’une conférence à Washington. L’analyse du contenu des médias montre que les trois grands réseaux de télévision américains ont pris le message de Gelbspan à la lettre : au cours du second semestre 2007, 20% des reportages consacrés au changement climatique mentionnaient l’existence de sceptiques, 80% n’en disaient pas un mot. Le catastrophisme, en ces conditions, est considéré comme un fait établi.
Fort heureusement, tous les journalistes ne se sont pas pliés au climat de terreur politiquement correcte ainsi installé. Lawrence Solomon, journaliste au National Post, revue canadienne, et victime lui-même de la campagne d’exclusion, s’est décidé à se demander de façon un peu plus précise qui sont réellement les « négationnistes » et ce qu’ils pensent vraiment. Ce qu’il a établi pourrait se passer de commentaires : « Parmi les dissidents que j’ai rencontré », note-t-il, « je n’en ai pas rencontré un seul qui nie l’existence de l’effet de serre ou le fait que le gaz carbonique est un gaz qui contribue à celui-ci… Tous leurs arguments concernent la puissance de cet effet, tout spécialement si l’on prend en considération d’autres facteurs et d’autres influences, qui pourraient être plus ou moins importantes que les effets du dioxyde de carbone ». En d’autres termes, Solomon a découvert que les négationnistes ne sont pas négationnistes du tout. Ce sont seulement des dissidents, des gens qui osent penser différemment et s’écarter de l’orthodoxie ambiante.
Des gens tels que Gore voudraient faire croire que ces dissidents sont des marginaux au sein de la communauté scientifique. Solomon montre que ce n’est pas le cas. Dans le livre qu’il vient de faire paraître, The Deniers, qui rassemble ses principaux articles, Solomon présente en détails 34 dissidents qui ont tous des qualifications scientifiques hors normes, et qui sont parfois des spécialistes mondialement reconnus depuis longtemps en matière de climatologie. D’après mes propres calculs, les « négationnistes » dont parle Solomon ont publié à eux tous plus de 4000 articles dans des revues scientifiques de référence, et plus de cent livres. Une liste des distinctions honorifiques qu’ils ont reçu et des postes qu’ils ont occupé, serait plus longue que cet article entier. Les « dissidents » ont, en fait, dans la plupart des cas, des qualifications scientifiques bien plus impressionnantes que celles des catastrophistes.
Au cours des récentes années, j’ai moi-même été qualifié de « négationniste » dans la blogosphère,bien que je n’aie jamais nié un seul instant qu’il existait des changements climatiques. J’en suis venu, par lassitude, comme nombre des « négationnistes » dont Solomon traite, à ne plus trop aborder le sujet. Lire le livre de Solomon m’a incité à parler à nouveau. Solomon m’a rappelé que, face aux prédictions catastrophistes et aux schémas absurdes de régulation du carbone, ceux qui osent la dissidence sont en compagnie prestigieuse et courageuse. Lire Solomon m’a permis de repenser aussi au fait que les enjeux sont importants : les schémas de régulation des émissions de carbone mis en place aujourd’hui n’ont pas seulement porté atteinte à la croissance économique, ils ont aussi causé des dommages à l’environnement. Ces derniers temps, des programmes de production de biocarburants qui trouvent leur origine, au moins partiellement, dans la phobie du « réchauffement global », ont contribué à la hausse des prix alimentaires mondiaux.
Le livre de Solomon aurait dû avoir pour titre « Les dissidents », cela aurait permis au lecteur de savoir à quoi s’en tenir dès la couverture. J’ai compris, cela dit, pendant la rédaction de cet article, pourquoi Solomon a choisi un autre titre. Solomon veut être lu, et il sait que la plupart des gens sont imprégnés par la propagande concernant le « réchauffement global » à un degré tel qu’ils pourraient ne pas aller au delà du titre. Il est triste qu’il faille recourir à de telles tactiques. Néanmoins, après avoir été une série d’articles, Les négationnistes ont est aujourd’hui un livre. Et c’est un livre important en ce contexte d’alarmisme dogmatique et de terrorisme intellectuel.
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Kenneth P. Green est chercheur à l’American Enterprise Institute.
Ecrit par Kenneth P. GREEN
Le : 11/05/2008
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