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AL GORE ET LE STATUT DU PRIX NOBEL DE LA PAIX

AL GORE ET LE STATUT DU PRIX NOBEL DE LA PAIX

Le 12 octobre dernier, le comité Nobel en Norvège a annoncé que le prix Nobel de la paix était attribué à Al Gore.
Ce choix, bien davantage que tout autre auparavant, marque clairement la fin d’une ère qui a duré cent cinq ans. En contradiction directe avec les dernières volontés et le testament d’Alfred Nobel, le choix d’Al Gore signifie essentiellement que le prix Nobel de la paix ne peut plus être considéré comme une récompense destinée à quelqu’un qui œuvre pour améliorer la condition de l’humanité. En examinant les écrits de Gore, il est, de fait, fort loin d’être clair que Gore considère que l’humanité est sa priorité majeure.    
Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas eu des choix douteux ou sujets à controverses effectués auparavant. Jimmy Carter a été sélectionné par le comité en 2002, en un geste qui se voulait une rebuffade à l’égard de la politique étrangère de l’administration Bush. Yasser Arafat s’est vu décerner le prix en dépit de ses responsabilités directes ou indirectes dans le meurtre de nombreux civils innocents.
Mais au moins l’objectif officiellement déclaré des prix décernés à Carter et Arafat était l’amélioration de la vie humaine sur terre. Avec Gore, il s’agit d’autre chose. Et c’est logique : Gore n’a jamais déclaré que son but fondamental était d’améliorer le sort d’êtres humains quels qu’ils soient. Son désir clairement affirmé est de défendre ce qu’il appelle l’ « écosystème » contre les activités humaines. Donner le prix à Gore en 2007 est l’équivalent d’un geste qui aurait consisté, au temps d’Alfred Nobel, à honorer les Luddites qui essayèrent, au dix-neuvième siècle, d’arrêter le progrès technique.

Un critère commun s’est souvent retrouvé dans la sélection du comité Nobel : le recours aux sciences et aux technologies pour surmonter les problèmes affectant les humains tels que la faim et les maladies. Ce critère a  correspondu à la vision du monde qui était celle de Nobel, inventeur de la dynamite, entrepreneur. Pour la première fois, grâce à la dynamite, un explosif pouvait être stocké en sécurité, et utilisé pour produire des détonations amples et précises. Les produits de Nobel ont, certes, été utilisés pour des fins guerrières, comme les explosifs les plus rudimentaires l’avaient été pendant des décennies. Mais ils ont aussi fortement contribué à l’amélioration du niveau de vie aux dix-neuvième et vingtième siècles  en facilitant la construction d’immeubles, la percée de tunnels ferroviaires et le creusement de passages, tels le canal de Panama.

Lorsqu’il a créé les prix annuels de physique, de chimie, de médecine, de littérature et de « défense de la paix planétaire », Nobel a affirmé sa volonté d’honorer « ceux qui, au cours de l’année écoulée, ont apporté les plus grands bienfaits à l’humanité ».

Selon un texte antécédent de Nobel, cité dans sa biographie, rédigée par Kenne Fant, celui-ci stipulait que les prix dans toutes les catégories devaient être « une récompense pour les découvertes et innovations les plus importantes dans le domaine de la connaissance et du progrès »

Or, pour Albert Gore, le « domaine de la connaissance et du progrès » est suspect, tout comme le sont de nombreuses technologies bénéfiques pour l’humanité. Gore est un homme qui affirme désespérer de notre civilisation, et regarder d’un œil sombre les efforts faits par les hommes aux fins de transcender la nature. Il décrit le réchauffement global comme une « collision frontale entre notre civilisation telle qu’elle évolue et l’environnement planétaire ».

Il s’est, en fait, montré critique envers la civilisation et les accomplissements technologiques des êtres humains bien avant que le réchauffement global ne devienne  sa préoccupation principale.

Dans l’introduction de son livre de 1992, Earth in the balance* Gore écrivait : « en un certain sens, la civilisation elle-même a été un voyage qui a conduit d’un monde respectueux de la nature à un monde toujours plus contrôlé manufacturé, corseté, reformulé par nous sur un mode parfois arrogant. Et selon moi, le prix du voyage a été très élevé.

Quels sont les aspects du contrôle et de la reformulation qui font l’objet des objections de Gore ? Pense-t-il que soigner des maladies grâce à de nouveaux médicaments ou nourrir davantage d’êtres humains grâce à de nouvelles technologies agricoles a un prix trop élevé ? A lire ses écrits la réponse semble être : oui. Cela le place en contradiction complète avec la vision du monde de Nobel comme avec celle de nombreux lauréats antécédents  récompensés pour leurs accomplissements dans les domaines de la médecine et de l’agriculture.

De nombreux prix ont été accordés, par exemple, à des gens qui ont accompli des avancées dans le domaine de la lutte contre le cancer. Dans Earth in the balance, Gore se demande si les traitements anti-cancer devraient être utilisés s’ils impliquent l’abattage d’un nombre d’arbres trop important. Il écrit par exemple :

« L’if du Pacifique peut être coupé et utilisé pour obtenir un produit chimique puissant, le taxol, qui permet de soigner certaines formes de cancer, telles le cancer du poumon ovaires, chez des patients qui, sans cela, mourraient rapidement. Le choix à faire semble facile, abattre des arbres pour sauver des vies, jusqu’au moment où on sait qu’il faut abattre trois arbres pour sauver une seule vie humaine ».

Gore explique plus loin dans ce passage pourquoi il est important de sauver des arbres en pensant aux générations futures. Mais il n’évoque jamais ce qui serait la solution la plus simple : créer des plantations d’arbres. Et il semble donc opposer le fait de sauver la vie d’ifs du Pacifique et le fait de sauver celle de malade atteints de cancer. Mais ce ne sont pas seulement les malades atteints de cancer qui sont l’objet des critiques de Gore envers le développement. Gore évoque aussi les effets délétères pour la nature qui résultent de la production de la nourriture nécessaire à ceux qui ont faim.

Gore s’en prend à ce qu’on appelle la « révolution verte », la révolution technologique qui a permis l’amélioration des cultures et l’accroissement des récoltes et qui a offert à des pays tels que l’Inde ou le Pakistan de passer à l’autosuffisance alimentaire. Norman Borlaug a obtenu le prix Nobel de la paix en 1970 pour avoir été l’initiateur de cette révolution et pour l’avoir apportée au tiers-monde.

Dans Earth in the Balance, Gore décrie la « révolution verte » tant vantée et les biotechnologies qui promettent de révolutionner l’agriculture davantage encore. Il concède ceci : « il est certain que ces nouvelles récoltes miracle ont temporairement permis de mettre fin aux famines dans certains pays du tiers-monde ».

Mais il conclut « les récoltes plus importantes rendues possibles par les semences modifiées ne permettent pas une agriculture durable dès lors que les insectes s’adaptent, et que les surcroîts d’irrigation et d’engrais sont nuisibles dans le long terme à la fertilité des sols ». « Le recours aux techniques agricoles modernes », note-t-il, « constitue une forme de pacte avec le diable et fait penser à la légende qui a hanté le commencement de la révolution scientifique : celle du docteur Faust ».

Ce n’est là qu’un exemple des diverses façons dont Gore inquiète et égare ceux qui l’écoutent. Il est certain que toute innovation agricole peut avoir des conséquences négatives qu’il faut prendre en compte. On doit noter, cela dit, que la « fin temporaire » des famines dans des pays tels que l’Inde dure maintenant depuis plus de quatre décennies et ont fait passer les pays concernés de la pénurie  à l’abondance. Un homme tel que Borlaug a reçu des hommages de politiciens de droite et de gauche : il travaille avec le Carter Center à Atlanta et a été reçu par le Président Bush, tout comme par Nancy Pelosi et Harry Reid. Il a reçu la médaille d’or du Congrès au mois de juillet dernier. Le mépris que montre Gore envers la « révolution verte » initiée par Borlaug montre à quel point Gore s’est éloigné des accomplissements de la science.

Malheureusement, Gore a beaucoup d’influence, et le prix Nobel risque encore de renforcer l’impact de ses propos. Honorer la façon dont Gore traite le progrès scientifique pourrait avoir des conséquences tragiques et dévastatrices.

Prenons en compte, par exemple, les tirades de Gore à l’encontre d’un autre accomplissement récompensé par le prix Nobel : l’insecticide DDT.

Le comité Nobel a reconnu les immenses contributions du DDT à la santé publique. En 1948, le prix Nobel de médecine a été décerné à Paul Hermann Muller, le chimiste suisse qui a mis au jour l’efficacité du DDT pour combattre divers insectes responsables de la dissémination de maladies mortelles. Comme le dit le texte concernant Muller figurant sur le site du comité Nobel, « L’expérience a montré que le DDT était efficace non seulement contre les mouches, mais aussi contre toute une variété d’insectes, dont le moustique, le scarabée et le pou… Pendant la Seconde Guerre mondiale, le DDT s’est révélé très efficace pour combattre le typhus et la malaria : la malaria, en fait, a été grâce à lui complètement éliminée en de nombreuses contrées ».
Après la Seconde Guerre mondiale, le DDT a permis d’éradiquer la malaria dans davantage de contrées du monde encore. Il s’est trouvé sali et soumis au soupçon dans un livre à succès publié en 1962, Printemps silencieux, et l’auteur du livre, Rachel Carson est considérée par Gore comme une héroïne. Après que le DDT se soit trouvé interdit dans l’essentiel du monde, des millions de personnes sont mortes de maladies que le DDT aurait pu permettre de prévenir.
Quand bien même l’Organisation mondiale de la santé a reconnu que bannir le DDT avait été une grave erreur et a recommandé à nouveau son usage, Gore n’a pas une seule fois dénoncé les lourdes conséquences du discours de Rachel Carson. En 1996, il parlait encore du DDT comme d’un « produit trop célèbre » considéré comme « très dangereux pour la santé humaine ». C’est là un sujet dans lequel aurait pu concrètement investir sa notoriété pour sauver concrètement des vies humaines.
Au lieu de cela, Gore préfère contribuer à retarder les actions de lutte contre la malaria en propageant de fausses informations concernant les causes de celle-ci. Dans le livre et le film Une vérité qui dérange, Gore, par exemple, attribue la recrudescence de malaria au Kenya au réchauffement global.
J’ai expliqué dans mon livre Eco-Freaks et ailleurs que l’OMS a parlé du développement de la malaria au Kenya, jusque dans les régions les plus froides du pays, dès la fin des années 1940, bien avant que quiconque parle de réchauffement global. La malaria a ensuite été complètement éliminée du pays grâce au DDT. Elle y a fait son retour après qu’on ait cessé d’utiliser le DDT.

Il est très regrettable que les grands médias n’aient jamais cherché à corriger les affirmations fausses de Gore sur ce sujet comme sur de nombreux autres. Ils seront maintenant sans doute moins enclins encore à le faire.

Jamais jusqu’à présent l’attribution d’un prix Nobel n’avait fait courir potentiellement un tel risque à la santé humaine et au développement. Si le comité Nobel devait continuer à suivre les vents du « politiquement correct » sur des sujets qui concernent l’humanité entière, les lauréats de prix Nobel qui ont du respect pour les sciences et l’héritage de Nobel devraient se donner les moyens de dénoncer ce qui doit l’être.

*traduction française : Sauver la planète terre, Albin Michel, 1993.


John Berlau est directeur de recherche au Competitive Enterprise Institute et auteur du livre Eco-Freaks, Thomas Nelson, 2006.
 


 




Ecrit par John Berlau
Le : 16/10/2007

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