LE TUMULTE FINANCIER
Combien d’argent avez-vous ? Si vous posez la question à dix individus ayant une fortune équivalente, vous obtiendrez probablement dix réponses différentes, car personne ne sait plus ce que c’est que « l’argent ». La plupart des gens diraient que la somme portée dans la colonne crédit de leur compte en banque est de l’argent, et nombre d‘entre eux diraient que la valeur de leurs certificats de dépôt ou de leurs obligations est de l’argent aussi. Les bons du trésor sont-ils eux-mêmes de l’argent ? Et les actions ?
Si vous avez contracté un emprunt, avez-vous, là encore, de l’argent ? Après tout, il suffit de rédiger et de signer un chèque pour dépenser de « l’argent ». Autrefois, une ligne relativement claire séparait ce qu’était l’argent, ce qu’étaient les placements financiers, et ce qu’étaient les biens mobiliers et immobiliers (terrains, immeubles, machines, droits de propriété, etc.). En raison du développement de l’ingéniérie financière et de la titrisation des actifs survenu ces dernières années, nombre des anciennes démarcations disparaissent rapidement. Si la valeur d’une machine dans une usine ou les droits d’auteur sur une chanson sont aussi « liquides » que les pièces de monnaie qui sont dans votre poche, et vous permettent aussi aisément l’acquisition de biens et de services, peut-on dire encore exactement ce qui est de l’argent et ce qui n’en est pas ? A mesure que l’argent devient plus difficile à définir, l’aptitude des banques centrales à contrôler l’offre de monnaie et de crédit (qui détermine s’il y a inflation ou déflation) devient plus complexe.
Comprendre le problème monétaire global actuel implique d’en revenir aux fondamentaux. Supposons une économie simple où il n’y a pas de banques, et où ne sont produits que du blé et des pommes de terre. Les échanges s’opèrent par l’intermédiaire d’un nombre fixe de pièces d’or émises par l’hôtel de la monnaie. Il faut quatre pièces d’or pour acheter un quintal de blé et deux pièces d’or pour acheter un quintal de pommes de terre. Si, une année, le climat se révèle meilleur pour le blé et moins bon pour les pommes de terre, le prix du blé baissera et celui des pommes de terre montera d’autant, puisque le nombre de pièces d’or (l’offre de monnaie) ne peut changer: pas d’inflation, même si le prix des pommes de terre a augmenté.
A la mi décembre, le gouvernement américain a annoncé un surcroît d’inflation, ce qui voulait dire que l’ensemble des prix qui avaient augmenté (essence et alimentation) était supérieur à l’ensemble des prix qui avaient baissé (ordinateurs et téléviseurs écran plat). Ce surcroît d’inflation n’a pu survenir que parce que la Banque centrale (le Fed) a accru l’offre de monnaie plus vite que l’offre de bien s’est elle-même accrue. Le Fed contrôle l’offre de monnaie en limitant la quantité de monnaie que le système bancaire crée. Il le fait en contrôlant les exigences de réserves des banques, les taux que les banques demandent lorsqu’elles se prêtent les unes aux autres, les achats et les ventes de bons du trésor, etc…
Le problème pour le Fed, comme pour les autres banques centrales, est qu’au cours des dernières années les innovateurs financiers ont trouvé des moyens de rendre plus facile la titrisation des prêts et des biens, ce qui a fait sortir prêts et biens du bilan des banques et permis à celles-ci de faire davantage de prêts,
La possibilité de transformer plus facilement des biens en capital liquide fait que le prix des biens peut s’accroître plus vite que l’accroissement de l’offre monétaire (telle que traditionnellement mesurée). En parallèle, un nombre toujours plus important de pays indexent leur monnaie sur le dollar américain ou sur l’euro : la combinaison de l’expansion de l’économie globale basée en dollars ou en euros et de l’expansion d’outils financiers largement opaques signifie que le Fed et les autres banques centrales comprennent et contrôlent de moins en moins ce qui arrive à la monnaie.
L’autre problème est que le Fed a deux rôles qui peuvent entrer en conflit l’un avec l’autre. L’un de ces rôles est de préserver la stabilité de la monnaie (pas d’inflation ou de déflation), et l’autre est de préserver la croissance économique. Pour maintenir l’inflation à un bas niveau, le Fed doit limiter l‘accroissement de la masse monétaire et du crédit (et comme je l’ai noté plus haut les outils pour le faire deviennent moins précis, pour partie en raison du problème de mesure) : ce qui, dans le court terme, ralentit la croissance de l’économie.
Le Congrès et les agences de réglementation exacerbent les problèmes du Fed en mettant en place des règles supplémentaires qui ne sont pas basées sur des analyses coût-bénéfice solides, en dépensant excessivement (selon les chiffres du gouvernement lui-même, environ cinquante pour cent des impôts payés par les contribuables sont mal dépensés), et en prenant des décisions fiscales destructrices. Tout cela nuit à la croissance économique réelle et complique la tâche du Fed.
Nul ne sait avec certitude si les banques centrales auront l’intelligence ou l’aptitude de nous faire traverser le tumulte financier actuel sans trop de dégâts. Le grand économiste Friedrich Hayek a compris et affirmé avec lucidité, voici plusieurs décennies déjà, que les problèmes à long terme ne seraient résolus que par la « dénationalisation de la monnaie », qui abolirait le monopole des gouvernements dans la production de monnaie.
Les gouvernements devraient simplement permettre aux citoyens de choisir la monnaie dans laquelle ils veulent passer contrat (y compris l’or et les monnaies privées).
Taxer les gains et déduire les pertes serait un jeu à somme nulle dont le gouvernement ne tirerait de cela aucun revenu fiscal : calculer les petits gains et les petites pertes.sur chaque transaction est d’ores et déjà extrêmement coûteux et inhibe l’innovation financière intelligente. .
Si les obstacles gouvernementaux sont levés, les entrepreneurs trouveront sans aucun doute les meilleurs remèdes au tumulte financier global actuel.
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Richard W. Rahn est président de l’Institute for Global Economic Growth.
Ecrit par Richard W. RAHN
Le : 01/01/2008
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