par Guy Millière
La SNCF ayant fait part de son intention d'acheter pour ses lignes parisiennes pour 4 milliards d'euros de trains au constructeur canadien Bombardier, de 9,8 % moins cher que son concurrent français Alstom, les protectionnistes nous ont resservi leurs sophismes habituels comme quoi une telle commande allait "nuire à l'emploi", comme si les Canadiens allaient enterrer leurs euros dans leur jardin au lieu d'acheter des produits avec. Lassé de voir présenter le protectionnisme, qui date du XVI° siècle, comme une politique nouvelle, et méconnaître les démonstrations plus que séculaires de son caractère de pure redistribution politique, appauvrissante pour la communauté nationale -en l'espèce pour le consommateur-contribuable, Guy Millière s'est entretenu avec Valérie Hacot pour qu'elle en tire ce texte, paru dans Le Parisien du 26 octobre 2006.
Dans un contexte de concurrence mondiale, il est parfaitement logique que l'entreprise la plus compétitive ait remporté ce marché. Si la SNCF avait dévidé d'avoir recours à un prestataire plus cher, au simple prétexte que ce dernier est français, cela aurait forcément eu des répercussions négatives, notamment sur le prix des billets. Il n'y a rien de choquant à ce qu'un groupe étranger comme Bombardier décroche ce contrat.
C'est une bonne leçon pour Alstom, qui devra se remettre en question. Le monde a changé, nous sommes entrés dans l'ère post-industrielle : une transformation comparable à celle de la révolution industrielle. Les Français doivent prendre conscience de ce phénomène : la mondialisation n'est pas une option, c'est une réalité, et il faut s'y adapter. Les mesures protectionnistes contribuent à empêcher le fonctionnement optimal du marché, et leurs conséquences seront néfastes.
L'avenir ne passe pas par la protection des emplois industriels en France et en Europe, mais par le développement d'investissements pertinents pour doper le capital intellectuel du pays. Le protectionnisme aboutit à la création de rentes de situation coupées de la réalité économique, et le réveil ne pourra être que douloureux.