Institut Turgot au service de la liberté
ISLAM ET LIBERTE I

ISLAM ET LIBERTE I

 

 

 

L’Institut Turgot crée, avec les éditions Cheminement une collection de livres : Institut Turgot - Au service de la liberté. Les deux premiers livres de la collection paraissent ce mois-ci et s’inscrivent dans la perspective d’un grand colloque international consacré au thème « Islam et liberté », que l’Institut organisera dans les mois qui viennent. Le premier est Mille et une vies, sur lequel nous reviendrons. Le second est L’islam radical à la conquête du monde, premier livre publié en langue française du grand islamologue et spécialiste du Proche-Orient Daniel Pipes. Suivront des ouvrages consacrés à l’environnement, aux biotechnologies, à la présomption d’innocence, aux politiques de la concurrence et à l’avenir de l’Europe. Nous publions ici quelques extraits du livre de Daniel Pipes, dont on peut résumer l’essence en une formule : "l’islam radical est le problème, l’islam modéré est la solution". 

L’ISLAM RADICAL A  LA CONQUETE DU MONDE
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La bataille pour l'âme de l'Islam

Une bataille est aujourd’hui en cours, dont l'enjeu est l'âme de l'islam. D'un côté se tiennent les modérés, les musulmans impatients d'adopter les usages occidentaux, confiants, disposés à assimiler des connaissances, orientés vers la démocratie et prêts à s'intégrer dans le monde actuel. De l'autre, on trouve les islamistes – craintifs, aspirant à une forte autorité, espérant repousser loin d’eux le monde extérieur.
L'issue de la lutte entre ces deux groupes, les modérés et les islamistes, a une grande importance. Une victoire de l'islam radical pourrait transformer le Moyen-Orient en la zone la plus violente de la planète. Si les islamistes l'emportent, il est probable que la répression, les armes de destruction massive et la guerre se répandront. Ils stopperont totalement tout processus de paix avec Israël et reprendront les hostilités. Les échanges commerciaux régionaux dépériront et les investissements étrangers cesseront, ce qui appauvrira les populations. Les Occidentaux subiront les conséquences sous la forme d'une recrudescence du terrorisme, de hausses du prix du pétrole et d'une immigration incontrôlée en provenance de la région.

La façon dont les choses évolueront dépend, dans une large mesure, de deux pays : la Turquie, qui représente la tendance modérée, et l'Iran, qui porte, politiquement, les couleurs de l'islam radical. Ces deux pays sont à peu près comparables en termes de population et de ressources. Le problème est que les Turcs ne discernent pas pleinement qu'ils sont engagés dans cette bataille. L'Occident peut les aider à prendre conscience du danger et à résister aux islamistes.


La menace de l'islam radical
L'islam a commencé à prendre un rôle nouveau dans la vie publique en février 1979, lorsque l'ayatollah Khomeiny a instauré la République islamique d'Iran. Jamais auparavant l'islam n'avait constitué le fondement idéologique d'un gouvernement ; et jamais encore dans les temps modernes, un régime n'était arrivé au pouvoir avec une telle détermination à imposer sa vision radicale de l'islam (soit, surtout, la mise en oeuvre de la loi sacrée de l'islam, la charia) sur son propre territoire et à la disséminer dans l'ensemble du monde musulman.
Khomeiny et ses associés ont rencontré un succès considérable. En imposant aux Iraniens, des institutions et des coutumes totalement nouvelles, ils sont parvenus en quinze ans seulement à transformer les bases de la vie quotidienne en Iran. Ainsi, un Parlement a été créé et doté de réels pouvoirs, mais seuls ceux qui acceptent les principes fondamentaux de la révolution islamique (les religieux doivent gouverner le pays) peuvent en devenir membres. Autre exemple, anodin mais révélateur : le régime a décidé d'interdire les chansons de mariage  traditionnelles et exigé que la célébration des mariages s'accompagne de proclamations politiques tels que « Hommage aux martyrs », « Mort aux adversaires du Juge suprême » et autres slogans du même ordre.
Les mollahs (religieux iraniens) ne font pas mystère de leur intention d'exporter leur révolution ailleurs. L'ayatollah Ali Mechkini, l'un des principaux dirigeants du régime, a expliqué que « la République islamique d'Iran a enclenché un mouvement. Un gouvernement islamique et divin semblable à celui d'Iran ou meilleur encore, sera mis en place en (…) Égypte, en Algérie, au Maroc, en Irak, au Liban et au Pakistan. Ces pays se rassembleront et deviendront les Républiques islamiques. »  Autrement dit: les khomeynistes espèrent dupliquer la République islamique dans l'ensemble du monde musulman.
Ils ont en partie atteint leur objectif. Leurs alliés règnent déjà au Soudan et d'autres pourraient s'emparer du pouvoir au Tadjikistan, au Liban, en Égypte ou en Algérie. Téhéran a, en supplément, acquis une influence notable sur l'évolution des événements en Irak, au Bahreïn, dans les Émirats Arabes Unis et en Bosnie.
Si les khomeynistes ont pu progresser si rapidement, c'est moins grâce à l'argent – leur gestion déficiente et la guerre ont rendu le pays plus pauvre que du temps du shah et les citoyens mécontents exigent aujourd'hui des améliorations de leur niveau de vie – que par une opiniâtreté extraordinaire. Celle-ci a pris deux formes. D'abord, les mollahs ont promu le projet de société conçu par l'ayatollah Khomeiny par le biais d'une ambitieuse campagne médiatique menée dans plusieurs langues, en Iran ainsi que dans de nombreux pays étrangers, et ils ont utilisé à cette fin tous les moyens de communication disponibles, de la radio à ondes courtes aux manuels scolaires. Leur action a permis de faire du khomeynisme un choix de vie dans le monde musulman. Ensuite, ils ont intimidé ceux qui pouvaient offrir des alternatives au projet khomeyniste – musulmans modérés, enseignants occidentaux au Moyen-Orient, dissidents iraniens en exil – en recourant à la menace, au meurtre et, d'une manière générale, en les réduisant au silence.
Le silence qui règne aujourd’hui dans la vie intellectuelle musulmane témoigne du succès de cette double offensive. Les islamistes ont pratiquement détruit la vénérable université américaine de Beyrouth. Ils ont forcé Salman Rushdie à mener une existence de fugitif, blessé ou tué ses éditeurs ou ses traducteurs au Japon, en Italie et en Norvège. Ils ont obligé Talisma Nasrin, accusée de « blasphème », à fuir le Bengladesh pour sauver sa vie. Ils ont poignardé Naguib Mahfouz dans la nuque et ont assassiné l'écrivain laïc égyptien Farag Foda. En Algérie, ils ont lancé une campagne d'assassinats contre les intellectuels, les journalistes et les artistes de premier plan.
Et ce ne sont là que les exemples les plus voyants ;  l’offensive a touché l'ensemble de la vie culturelle de la région. Les dirigeants politiques sont devenus prudents, les intellectuels tiennent leur langue et les artistes pratiquent l'autocensure. Là où les idées islamiques ont pénétré dans les écoles, les enfants n'ont plus accès à une vision moderne du monde. L'étouffement des voix musulmanes modérées a entraîné le tarissement du courant de pensée modéré dans la culture musulmane, au profit de doctrines obscurantistes.


L'affrontement
Les résultats de l’offensive sont très visibles. Un nombre croissant d'islamistes et d'Occidentaux prédisent une confrontation prochaine entre l'islam et l'Occident. Parmi les premiers, on trouve Kalim Siddiqui, qui affirme que « la lutte entre la civilisation émergente de l'Islam et la civilisation décadente de l'Occident occupera le centre de la scène historique mondiale pendant la majeure partie du XXIe siècle».  Parmi les seconds, Samuel Huntington, qui a écrit – dans un article très remarqué de 1993 puis dans le livre qui a suivi – que la confrontation  séculaire entre ces deux civilisations « pourrait prendre un cours plus violent » dans l'avenir.  
Une confrontation ouverte entre civilisations est, cela dit, très peu probable. Des attaques contre des cibles occidentales ont eu lieu –  attentats contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington, attaque du centre juif de Buenos Aires en 1992 ou explosion sur l'USS Cole en 2000 –, mais celles-ci ne constituent qu'une fraction de la violence islamiste, et doivent être observées dans le contexte des agressions effectuées par des islamistes contre d'autres musulmans. Les tueries d'Algérie sont éloquentes : certes,  quatre-vingt étrangers environ ont été tués en Algérie, mais que représentent ces étrangers par comparaison avec les dizaines de milliers de musulmans qui ont été assassinés eux aussi ?

La vraie bataille semble, en fait, se dérouler parmi les musulmans eux-mêmes, entre les islamistes et les modérés. Ce ne sont pas les Occidentaux que les islamistes cherchent à convaincre de la validité de leurs visions, mais leurs coreligionnaires, qui, pour la plupart, les rejettent. Face au grand affrontement idéologique de l'après guerre froide, les non musulmans sont essentiellement des spectateurs.
Cet affrontement entre modérés et islamistes promet d'être long et pénible. Les modérés font face à un défi d'envergure puisqu’ils doivent  répondre à l'intimidation et au terrorisme des islamistes. Le journaliste iranien en exil Amir Taheri a souligné que la violence doit «être rejetée, combattue et, enfin, vaincue par les forces vives du monde musulman ».  
Les « forces vives » seront-elles à la hauteur ?

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Le rôle de l'Occident
La grande bataille idéologique de l'après guerre froide se jouera entre musulmans, sans acteurs extérieurs. La réussite provisoire ou l’échec de l'islam radical dépendra de ce que feront ses adeptes et ses opposants. L'Occident n’en reste pas moins un spectateur important, dont l'attitude peut influer sensiblement sur l'issue. Et en particulier sur la compétition entre l'Iran et la Turquie.
Les États occidentaux européens devraient moins s’obnubiler sur les problèmes de la Turquie, notamment sur les violations des droits de l'homme qui peuvent s’y produire, et prêter davantage attention à ses succès. Non qu'il faille renoncer à s'inquiéter du recours à la torture, des incendies de villages et autres exactions pratiquées en Turquie ; ces actes doivent être condamnés et combattus. Mais un regard plus attentif doit se porter sur le contexte dans lequel ces actes ont lieu ; il n'est pas judicieux de travailler contre le gouvernement turc qui, s'il devait tomber, serait remplacé par un pouvoir autrement plus brutal. La Turquie possède le meilleur système de gouvernement du monde musulman. Et même s'il faut critiquer les autorités d’Ankara, il faut également saluer leurs réussites et considérer la Turquie comme un exemple que le monde musulman ferait bien de suivre.
L'Union européenne (UE) serait bien inspirée d’écarter les tracasseries et d’accepter la Turquie non seulement dans son union douanière mais comme un membre à part entière. Outre ses implications pratiques, ce geste revêtirait une signification symbolique. Même les Turcs les mieux disposés à l'égard de l'Occident désespèrent devant les manœuvres biaisées de l'UE, qui leur semblent confirmer leur statut de citoyens de seconde classe. Un commentateur turc notait avec amertume en 1995, ceci: «lorsque le communisme a cessé d'être une menace, le changement d'équilibre au sein de l'Alliance [atlantique] a engendré un retour au système qui existait avant le communisme. Les anciens ennemis chrétiens ont conclu une paix fraternelle, se sont pardonné mutuellement et se sont rappelé de leur ennemi commun, l'islam. En fait, le souvenir de leur inimitié envers l’islam ne les a jamais quittés, et n'a été qu'occulté pour un temps. »  L'entrée de la Turquie dans l'UE couperait court à ces soupçons délétères.
Quant au gouvernement américain, il est de son intérêt de bien comprendre l'importance de la Turquie dans la confrontation qui l'oppose à l'Iran. Alliée de principe de Washington et fière de son image occidentale, tournée vers le modernisme, la démocratie et le capitalisme, la Turquie est un modèle dont l'Occident doit espérer qu'il fera des émules parmi les autres pays musulmans. Le problème est que les Américains ne savent pas bien déchiffrer la Turquie. Ce pays ni franchement européen ni franchement moyen-oriental les déconcerte. Son peu de penchant pour la guerre lui vaut une attention minimale. Son statut d'ancien ennemi de la Chrétienté (en 1604, Richard Knolles décrivait l'empire Ottoman comme était «la terreur mondiale actuelle» dans son Histoire générale des Turcs) lui vaut une mauvaise réputation, que ses adversaires actuels – les Grecs et les Arméniens – font tout pour perpétuer. Ce faisant, que ce soit intentionnel ou non, ces adversaires soutiennent de facto les mollahs.
Le gouvernement américain devrait user de son autorité morale, de son pouvoir militaire, de sa puissance économique et de ses ressources diplomatiques pour encourager les Turcs à maintenir leur cap actuel. Les dirigeants américains doivent faire pression sur l'Union européenne pour qu'elle accepte la Turquie en tant que membre à part entière ; ils doivent signaler à Moscou qu'ils prennent très au sérieux les préoccupations d'Ankara concernant les Balkans, le Caucase et l'Asie centrale ; ils doivent coordonner leur politique irakienne avec les Turcs de manière plus nette ; et, bien sûr, ils doivent faire savoir aux Turcs, et leur répéter sans relâche, que les Etats-Unis sont à leurs côtés face à Téhéran.
Il est évidemment dans l'intérêt concret des Américains de faire tout leur possible pour s'assurer que les islamistes ne déstabiliseront pas la Turquie. Et cet intérêt concret entraîne certaines responsabilités. Après être restés loyaux envers l'Occident tout au long des cinq décennies de la guerre froide, les dirigeants turcs sont devenus psychologiquement dépendants du soutien américain. Ce conflit prolongé a laissé la Turquie, comme l'Europe occidentale, mal préparée pour prendre des décisions de manière autonome ; les dirigeants turcs  attendent des Etats-Unis qu'ils leur adressent des signaux et des encouragements. Les dirigeants américains seraient gravement négligents s’ils ne le faisaient pas.  
À l'heure où l'immigration et l'islam radical créent certaines des pires tensions qu’ait connu l'Europe occidentale, il sera certainement très difficile de susciter l'enthousiasme envers la Turquie dans des pays tels que la France. Pendant les années 1990, marquées par une tendance quasi-isolationniste, il était malaisé d’évoquer à Washington la nécessité d'intensifier les relations avec la Turquie. Mais, pour l’Europe comme pour l’Amérique, les enjeux sont décisifs. Les choses seront-elles comprises à temps ?  «L'Occident doit montrer clairement ce qu’il veut voir [triompher]», a déclaré l'ex-premier ministre turc Tansu Çiller, «le modèle turc ou le modèle iranien ».  Tel est le choix, abrupt et inévitable, auquel nous sommes confrontés.
 
………….

Pas de choc des civilisations
La situation est donc grave. Mais elle n’est pas désespérée, et ne l’est pas davantage qu’elle ne l’était au plus fort de la guerre froide contre l’Union soviétique. Aujourd’hui comme alors, il faut recourir à la précision pour définir l’ennemi, mais aussi avoir une vision claire de ce qu’implique l’affrontement avec lui. Le premier pas dans cette direction consiste sans aucun doute à comprendre que, aussi paradoxal que cela puisse paraître à la lumière des chiffres que j’ai donnés plus haut, les Américains ne sont pas impliqués dans une combat global entre l’islam et l’Occident, ou dans ce qui a été qualifié de « choc des civilisations ».
Cette expression célèbre a été formulée à l’origine par Samuel Huntington. Elle a  trouvé un regain de vigueur en raison des actions diaboliques d’Oussama Ben Laden. Elle renvoie à une idée tentante, mais elle n’en est pas moins porteuse d’erreur. Il est vrai qu’un grand nombre d’islamistes, motivés par la conviction que l’islam s’imposera jusqu’à atteindre la suprématie mondiale, cherchent et souhaitent une confrontation d’ensemble. Mais plusieurs faits militent contre une vision aussi généralisatrice de la situation.
D’une part, les actes de violence contre les Américains – et contre les Israéliens, les Occidentaux et les non musulmans en général – ne constituent qu’une facette de la problématique ; l’animosité des islamistes envers les musulmans qui ne partagent pas leur vision des choses est elle-même très vive. Le régime instauré par les taliban en Afghanistan en a apporté la démonstration. Les multiples atrocités et autres actes de cruauté gratuite envers leurs coreligionnaires commis par les taliban ont relevé d’une attitude presque génocidaire ; le sentiment de la population afghane après la chute du régime s’est trouvé restitué par divers reportages, dont celui publié par le New York Times le 13 novembre 2001 :
Pendant les douze heures qui ont suivi le départ des soldats talibans, une ambiance de fête s’est progressivement répandue dans la ville. Les gens de Taliqan, qui vivaient depuis deux ans sous le règne de l’oppression, sont sortis dans les rues pour jeter bas les restrictions qui leur avaient été imposées jusque dans les aspects les plus intimes de leur existence. Les hommes ont jeté leur turban dans les caniveaux. Les familles ont ressorti les postes de télévision qu’elles avaient dû cacher jusqu’alors. On a joué de la musique dans les restaurants. On a fumé des cigarettes, et les jeunes hommes ont parlé de se laisser pousser les cheveux.
Et les talibans n’ont pas été une exception : l’islam radical a brutalisé les musulmans partout où il a essayé de prendre le pouvoir et partout où il l’a pris. J’ai déjà parlé de l’Algérie, un pays qui, après une dizaine d’années de barbarie islamiste, et après plus de 100 000 morts, est devenu un véritable symbole de la violence islamiste à l’encontre des musulmans. Des orgies meurtrières comparables en tous points, si ce n’est par l’ampleur, ont eu lieu aussi en Égypte, au Liban et en Turquie. Le plus grand carnage islamiste reste la guerre de l’Iran contre l’Irak non islamiste, qui, à elle seule, a coûté la vie à des centaines de milliers de musulmans. L’islam radical est une idéologie totalitaire agressive qui fait très peu de différences quant au sort qu’il  réserve à ceux qui se dressent sur sa route.

Une autre raison qui incite à remettre en question la notion de choc des civilisations est que le recours à celle-ci conduit inévitablement à ignorer des distinctions importantes et probablement déterminantes au sein des civilisations. Ces distinctions se sont fait jour avec une vigueur particulière en 1989, lorsqu’une forte minorité de musulmans dans le monde a dénoncé la condamnation à mort prononcée par l’ayatollah Khomeiny à l’encontre le romancier Salman Rushdie. En Iran même, 127 intellectuels ont signé une lettre de protestation contre le décret de Khomeiny, ce alors même que quelques Occidentaux, laïques et religieux, cherchaient, eux, à excuser ou à  « comprendre » (dans une déclaration typique, le président de la conférence épiscopale française a expliqué que l’ouvrage Les Versets sataniques était une «insulte envers la religion», comme si cela suffisait à justifier la menace  proférée à l’encontre de Rushdie ).
On pourrait aussi prendre un exemple plus proche dans l’espace et dans le temps. Après le 11 septembre 2001, des sondages réalisés en Italie, pays catholique, ont montré qu’un quart des Italiens pensaient que les Américains avaient eu ce qu’ils méritaient. Certains Américains eux-mêmes ont pris parti alors pour les agresseurs, ou au moins pour la façon dont ceux-ci avaient choisi leurs cibles : «Quiconque veut faire sauter le Pentagone a mon approbation», a claironné un professeur d’histoire de l’université de New Mexico.  Ces gens ne font pas partie du monde musulman. Et que dire des dizaines, des centaines de millions de musulmans qui ont été horrifiés, eux, par les attentats suicide ? Ne font-ils pas partie du monde musulman ?
Cela peut conduire à une question plus large et étroitement liée : celle de savoir si le « problème » est inhérent à l’islam lui-même.

Comme toutes les grandes religions, l’islam a été sujet à de nombreuses interprétations, mystiques ou radicales, quiétistes ou révolutionnaires. Ses principes fondamentaux ont fait l’objet d’explications très  diverses.
L’islam diffère, cela dit, des autres grandes religions par le fait qu’il inclut un vaste ensemble de dispositions régulant la vie publique et les relations avec les incroyants ; ces dispositions sont en contradiction profonde avec les sensibilités modernes et n’ont pas encore été abandonnées. La rude tâche qui devra consister à adapter l’islam au monde moderne n’a pas encore été vraiment entamée. Et cela suffit, pour l’essentiel, à expliquer l’attrait de l’idéologie islamique radicale.

 

Daniel Pipes est Président du Middle East Forum.

 

Les extraits ici publiés sont tirés du livre de Daniel Pipes, L'islam radical à la conquête du monde, Editions Cheminements, Collection Institut turgot-Au service de la liberté, 2008.





 


Ecrit par Guy Millière
Le : 19/04/2008

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