UNE PETITE PLANETE...
Nous publions ici un extrait du livre consacré par Guy Millière à ses rencontres avec Fereydoun Hoveyda. Une bonne partie du livre est consacrée à l’ouverture du monde musulman à la liberté et à l’évolution politique et géopolitique de la planète. Dans l’extrait qui figure ci-dessous, Guy Millière donne la parole à son interlocuteur sur le thème des perspectives qui s’ouvrent au début du 21é siècle. Ce livre, Mille et une vies, est le deuxième livre de la collection Institut Turgot, au service de la liberté. Avec le premier livre de la collection, L’islam radical à la conquête du monde, de Daniel Pipes, il servira de fondement au colloque prévu par l’Institut sur le thème « Islam et liberté ».
« Nous vivons au vingt-et-unième siècle. Nos connaissances nous permettent de voir qu’au delà des problèmes auxquels nous confrontent le terrorisme, la violence, l’islam radical, l’obscurantisme, les diverses vicissitudes d’une vie, il y a des problèmes globaux. Il est absurde que, dans une époque où une telle prospérité est possible, des gens vivent encore dans la misère et l’obscurité. Et cette absurdité ne relève pas, je veux le souligner et le re-souligner, d’une insuffisante distribution des richesses, mais de l’absence de création de richesses et de l’absence de liberté économique et politique dans certains pays et chez certains peuples. Il me semble inhumain de nous résigner, de tolérer des régimes politiques intolérables, d’accepter ce que j’ose appeler des handicaps culturels sans rien faire, en restant les bras croisés. Si des gens choisissent volontairement la misère, c’est une chose. Si des gens sont relégués dans la misère contre leur volonté ou sans qu’ils aient eu le choix, c’est autre chose…
« Je pense que des gens qui vivent dans la dictature sans savoir qu’il existe autre chose doivent être respectés en tant qu’êtres humains, et qu’on peut bousculer la dictature, la pousser de côté, pour leur dire qu’il y a autre chose que la dictature. Je pense que des gens qui ont été éduqués à la haine depuis leur naissance n’ont jamais eu la liberté de choisir, et doivent pouvoir accéder à une autre éducation, et que c’est à nous de tout faire pour qu’ils aient accès à une autre éducation, quitte à bousculer leurs anciens éducateurs qui, de toutes façons, ne méritent pas le nom d’éducateurs. Je pense aussi que nous devrions voir certains problèmes de façon globale. Nous partageons une seule planète, une seule. Notre sort est celui de l’humanité entière.
« L’humanité vit sur une petite planète, une planète que les nouvelles technologies rendent de plus en plus petite : et nous ne sommes plus dans une période où nous pouvons penser que ce qui se passe à l’autre bout du monde ne nous concerne pas. Tout ce qui se passe sur terre nous concerne. Si des fous ou des fanatiques essaient de voir comment détruire la planète à l’autre bout du monde, cela nous concerne. Si des gens se préparent à exterminer leurs voisins quelque part sur la planète et si nous le savons, cela nous concerne. Si des gens vivent dans la misère alors qu’ils pourraient vivre autrement s’ils étaient libres, cela nous concerne. Et puis, il nous faut aussi parfois quitter le présent et le futur immédiat pour regarder vers le long terme…
« Nous savons qu’un jour la planète disparaîtra ou deviendra inhabitable, nous devrions pouvoir nous consacrer davantage au sort de l’humanité entière dans le long terme et au sort de la planète, et avoir à nous consacrer moins aux problèmes de fanatisme, de blocage et d’arriération. Je suis au soir de ma vie, mais je pense que mon devoir est de penser à mes enfants et à leurs descendants. Quel héritage allons-nous leur laisser ? Ce ne peut pas être l’héritage de la haine que nous continuerions de voir monter de divers côtés sans rien faire. La haine doit être combattue et détruite.
« Ce ne peut pas être l’héritage de l’obscurantisme. L’obscurantisme doit être combattu et détruit, lui aussi. L’obscurantisme et la haine sont des luxes que nous ne pouvons pas nous permettre. Et l’obscurantisme n’est pas seulement l’apanage de l’islam tel qu’il est, la haine n’est pas seulement chez les islamistes. L’obscurantisme est chez tous ceux qui refusent la connaissance et la liberté de parole, chez tous ceux qui refusent de voir qu’il y a du bien et du mal, de la vérité et de l’erreur, et ils sont nombreux dans les universités occidentales. La haine est chez tous les totalitaires ».
Extrait de : Guy Millière, Mille et une vies, La vie ordinaire et extraordinaire de Fereydoun Hoveyda, diplomate iranien, artiste, écrivain, penseur, Editions Cheminements, 2008.
Ecrit par Guy Millière
Le : 20/05/2008
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