Les Etats-Unis contre Microsoft : qui a vraiment gagné ?
Avant de devenir Mère Teresa, Bill Gates était Darth Vader. En tant que capitaine de l’empire du mal, lui et son équipe dominaient le secteur des systèmes d’exploitation pour PC, et écrasaient tous leurs rivaux. En mai 1998, le Ministère américain de la justice a décidé de frapper.
En enclenchant la procédure antitrust du siècle, le Ministère a accusé Microsoft de se comporter en monopole. L’entreprise, disait-il, était en train de détruire un rival dans le domaine des moteurs de recherche, Netscape Navigator, aux fins de supprimer une menace dans le secteur des systèmes d’exploitation, Java. Le moteur de recherche de Navigator devenant très populaire, le système Java sur lequel il reposait allait devenir, disait le Ministère, une plate forme alternative pour diverses applications. Ce qui priverait le système Windows de Microsoft du pouvoir dont il jouissait jusque-là ; les programmes indépendants deviendraient accessibles par le biais de Java. Bientôt, Windows ne serait plus qu’une strate sans importance entre divers systèmes d’exploitations et de multiples logiciels et applications. Craignant cela, Microsoft tentait d’écraser Netscape et le progrès technologique.
Le gouvernement a gagné. Et après avoir décrété que l’empire devait être mis en pièces, et avoir vu sa décision neutralisée par une cour d’appel, a imposé des sanctions censées faire de Windows un hôte beaucoup plus hospitalier pour les applications rivales. Microsoft rend désormais disponibles davantage d’informations concernant ses interfaces, qui sont codées pour accepter davantage de rivaux. Selon qui témoigne et selon la juridiction où se tient la dernière action antitrust, elle apparaît plus ou moins coopérative.
Dix années de l’histoire folle et sauvage du secteur des logiciels permettent de réfléchir sur tout cela. D ‘abord, on peut noter que l’affaire a porté un coup décisif à la mégalomanie de la Silicon Valley, qui se pensait au delà des attaques de régulateurs. Sa ligne Maginot enfoncée, le secteur des technologies informatiques est passé de la défensive à l’offensive et a levé de nouvelles armées pour batailler à Washington et à Bruxelles. Le géant endormi s’est réveillé, et il rugit. Il est passé du libertarianisme à la « neutralité du net » en une décennie.
On peut aussi évaluer la validité des assertions fondamentales du gouvernement concernant Microsoft. Les tactiques de Microsoft ont-elles visé à protéger un monopole de Windows, et l’action antitrust menée a-t-elle permis une ouverture à la concurrence ?
Qu’on pense que les sanctions imposées ont fonctionné ou non, la réponse globale est la même. Si les régulateurs antitrust ont imposé les bonnes mesures, Java n’a rien fait pour profiter de l’espace offert et pour remettre en cause la domination de Windows. Si les sanctions étaient ineptes ou très mal mises en œuvre, elles ont montré que les lois antitrust étaient un très mauvais outil, guère adapté et guère utilisable.
La décennie écoulée n’a, pour autant, pas vu la concurrence disparaître de l’horizon. Celle-ci a fleuri sur des marges que n’imaginaient pas ceux qui prétendaient protéger son chemin. Les rivaux sont venus non pas de Java, mais de la résurrection d’Apple et du système de logiciel libre Linux. D’un côté, on a une firme verticalement intégrée propriétaire de ses innovations, de l’autre un royaume de fous de la technique et du partage en quête de karma et de capital humain. Pendant ce temps, Internet Explorer de Microsoft doit partager ses parts de marché avec Mozilla, Netscape et Opera, des moteurs de recherche qui fonctionnent sans problèmes sous Windows.
Les systèmes et les moteurs de recherche sont, de surcroît, devenus secondaires. Les profits de la décennie ont été captés par des entrepreneurs qui ont vu ce qui se dessinait dans le lointain, et qui ont traversé la distance en une fraction de seconde.
Pendant que le Ministère de la justice rédigeait sa plainte contre Microsoft, deux étudiants de Stanford surfaient sur le web. Avec un moteur de recherche qui peut cataloguer et classer les sites du monde entier, se centrer sur des mots clés en laissant le reste de côté, ils ont créé une entreprise dont le nom est devenu un élément du langage quotidien. Google.
En parallèle, Apple a rebâti sa fortune à l’ombre de la bête, a écrasé Windows Mediaplayers, et trouvé son salut dans la trilogie des i : i-pod, i-tunes, i-phone. Cet espace numérique de consommation était disponible pour qui voulait le conquérir, il suffisait d’imaginer.
En 1998, les systèmes d’opération et les moteurs de recherche semblaient être le terrain stratégique du cyberespace. Celui qui dominerait ces outils serait, disait-on, celui qui gagnerait, exclurait ses rivaux et ferait payer les consommateurs. La réalité était différente. Une valeur incroyable s’est trouvée créée dans des applications inconnues alors, et occuper l’ancienne position de dominance s’est révélé inefficace, qu’on soit un supposé monopoliste ou un simple concurrent.
Microsoft est évaluée aujourd’hui à 300 milliards de dollars, un prix légèrement supérieur à celui d’il y a une décennie. Au cours des cinq années qui viennent de s’écouler, Google et Apple ont, à elles deux, généré 300 milliards de dollars de richesse nouvelle pour leurs actionnaires. Qu’un géant du logiciel se soit révélé sans défense face aux forces de la concurrence et que celle-ci ait pu fleurir sans l’intervention de régulateurs est une leçon importante. Nous n’avons pas été sauvés de l’empire du mal par l’action de la police. Mais Darth Vader s’est révélé, après tout, ne pas être si effrayant.
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Thomas Hazlett est professeur de droit et d’économie à la George Mason University. Il a été économiste pour la Federal Communication Commission.
Ecrit par Thomas HAZLETT
Le : 11/02/2008
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