PROTEGER LES BREVETS PHARMACEUTIQUES, SAUVER DES VIES
Environ deux milliards de personnes sur la planète n’ont pas accès à des médicaments essentiels, et permettre à ces gens d’avoir accès à ces médicaments pourrait sauver des millions de vies chaque année. Si chacun discerne qu’il y a là un grave problème, les avis divergent quant à la solution.
Les activistes, les associations humanitaires et les agences des Nations Unies incriminent le prix élevé qu’exigent les laboratoires pharmaceutiques. Ils critiquent aussi l’absence de recherche concernant des maladies mortelles telles que la malaria ou la tuberculose. Et c’est un fait qu’un pour cent seulement des nouvelles molécules mises sur le marché au cours des trente dernières années étaient destinées à lutter contre des maladies qui ravagent les pays en voie de développement. Pour ce qui concerne la tuberculose, qui a encore tué 1,6 millions d’êtres humains sur la planète en 2005, seuls trois médicaments nouveaux ont été commercialisés entre 1975 et 2005. Au cours de la même période, plus de 1500 nouveaux médicaments ont fait leur apparition. Le marché, nous dit-on en conséquence, n’a pas réussi à fournir de nouveaux médicaments dans des secteurs où c’était nécessaire, et ne parvient même pas à mettre les médicaments existants à la disposition des populations les plus pauvres, qui en auraient pourtant grand besoin.
L’absence de médicaments peu onéreux dans les pays en voie de développement n’est pas le fruit d’un échec du marché, mais d’un marché limité. La recherche requise par l’élaboration d’un nouveau médicament est coûteuse et risquée, et parce que l’immense majorité des consommateurs potentiels dans le monde pauvre n’ont que des revenus très faibles, ils ne peuvent payer des prix suffisants pour que les grands laboratoires soient incités à investir.
Le viol des brevets dans les pays pauvres ne fait qu’exacerber les difficultés, et contribue fortement à encourager encore davantage les laboratoires à créer des produits destinés aux marchés plus rémunérateurs d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon, zones qui à elles seules représentent 85% du marché pharmaceutique mondial.
Avancer vers une réponse pertinente pour traiter les maladies qui affectent les peuples du monde quels qu’ils soient impliquerait une modulation transparente des prix. En autorisant les laboratoires à demander des prix différents dans des pays différents, en fonction du niveau de vie des populations concernées, ferait que les patients des pays riches financeraient concrètement la recherche concernant les maladies touchant les pays pauvres. Davantage de gens auraient accès aux médicaments, et les laboratoires continueraient à faire des profits, qui pourraient être réinvestis dans l’élaboration de nouveaux médicaments. Pour les maladies qui affectent seulement les populations des pays pauvres, ou dans les cas où les coûts de recherche resteraient néanmoins trop élevés en raison du faible nombre de gens concernés, un tel système de prix resterait impraticable, les laboratoires ne pourraient écouler assez de médicaments à un prix assez élevé pour amortir leurs investissements.
Un partenariat public privé améliorerait-il la situation en permettant aux laboratoires de financer des recherches négligées sans grever leurs finances ? Le laboratoires Sanofi-Aventis a récemment établi un partenariat avec l’association à but non lucratif Drugs for Neglected Diseases aux fins de commercialiser l’ASAQ, un médicament de lutte contre la malaria. Bien que la viabilité à long terme de ce partenariat ne soit pas assurée, il pourrait avoir un impact humanitaire certain. Il a permis à Sanofi-Aventis de se donner bonne réputation, de souligner sa volonté d’aider les pauvres, de se positionner stratégiquement sur un marché émergent, et de s’ouvrir un accès vers des chercheurs bon marché mais bien formés travaillant dans les pays pauvres.
Jusqu’à présent, le partenariat public privé n’a, cela dit, permis la commercialisation que d’un seul médicament. Sans preuves supplémentaires de succès, il serait peu sage de compter sur lui pour produire la nouvelle génération de médicaments. L’idée d’offrir des récompenses financières pour les découvreurs de nouveaux médicaments permettant de traiter des maladies du monde pauvre est aussi lourde d’incertitudes. De quel montant la récompense devrait-elle être pour créer une incitation? Quelles maladies devraient être ciblées ? Qui déterminerait qu’un nouveau remède a été trouvé ?
Les gouvernements et les individus devraient, plutôt, se focaliser sur la demande effective, sur la capacité des consommateurs à payer le prix qui incite les laboratoires à créer de nouveaux médicaments.
Dans le long terme, améliorer la fourniture de médicaments implique de favoriser le développement économique, de réduire les barrières douanières, de protéger les brevets. Dans le court terme, accepter, dans les pays riches, des prix un peu plus élevés aujourd’hui ne peut que créer des incitations pour la recherche demain. D’autres pistes peuvent être explorées aussi, telles que l’accélérations des procédures d’expérimentation et d’essais cliniques avant mise sur le marché, ou l’allongement de la durée des brevets : les deux moyens ont été utilisés aux Etats-Unis pour favoriser la découverte de traitements des maladies orphelines. Ce processus a permis la mise sur le marché de médicaments permettant de traiter des maladies négligées, y compris des maladies touchant des populations nombreuses à l’extérieur des Etats-Unis, telles la malaria et le sida.
Nous devons comprendre que, fondamentalement, l’absence de médicaments pour les populations pauvres n’est pas le fruit d’un échec du marché ou de brevets abusifs (aussi imparfait soit notre système de brevets), mais un fruit de la pauvreté.
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Roger Bate est chercheur à l’American Enterprise Institute. Karen Porter est chercheuse à l’American Enterprise Institute et assistante éditoriale pour le magazine
The American.
Ecrit par Roger BATE et Karen PORTER
Le : 23/03/2008
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