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Récession ? Quelle récession ?

Récession ? Quelle récession ?


« Nous sommes en situation de récession », disait l’ancien Président Harry Truman, « quand votre voisin perd son emploi. Nous sommes en dépression quand vous perdez le vôtre ».
Pour des gens confrontés à l’impossibilité de payer leur crédit immobilier, à la perte de leur emploi ou aux difficultés résultant du prix d’un plein d’essence, la définition exacte d’une récession est de peu d’importance, c’est vrai.

Mais au cours d’une année électorale, la répétition constante par les médias du discours disant que nous sommes au bord de la récession, elle, importe beaucoup. Le Sénateur Barack Obama, candidat démocrate à la présidence a d’ailleurs tranché: « L’économie américaine est déjà en récession », a-t-il dit.
Sommes-nous donc effectivement, au sens que les économistes donnent à ce terme, dans une situation de récession ?

La réponse est : non, pas du tout. Loin de là.

Une nouvelle diffusée récemment par une agence de presse disait ce qui suit : « La conférence de presse de George W. Bush… semblait être une mesure préventive dès lors qu’elle venait avant la publication de statistiques sur le produit intérieur brut du pays pour le premier trimestre 2008. La définition communément acceptée d’une récession est : deux trimestres consécutifs de croissance négative. Et de nombreux experts s’attendent à ce que le rapport  qui sera publié confirme que la croissance est négative ».

Qu’ajouter ?

Les économistes définissent effectivement une récession comme constituée de deux trimestres consécutifs de croissance négative. Le Bureau National de Recherche Economique, le service utilisé par le gouvernement pour analyser la conjoncture définit, lui, une récession comme « une période durable de variation négative du PIB ».

Avons-nous connu une période, même limitée, de croissance négative depuis la récession de 2001 ? Non, décidément non.

La semaine dernière, le gouvernement a publié deux chiffres importants : celui de la croissance du PIB pour le premier trimestre de cette année, et celui du nombre d’emplois créés ou détruits pour le mois d’avril. Examinons quelques articles publiés la veille et le jour même de la publication de ces chiffres.

La veille, on lisait le gros titre suivant dans USA Today : « Nous sommes en récession, disent les économistes ». Les deux premières phrases de l’article étaient, pour l’essentiel, celles-ci: « L’économie américaine est en récession ou ce sera bientôt le cas…. Deux tiers des 52 économistes que nous avons interrogés nous ont dit que l’économie américaine était en récession ».

L’article était accompagné d’un graphique venant illustrer les prédictions des 52 économistes. Ils prévoyaient une croissance de 0,1% pour le premier trimestre de cette année, une croissance négative de 0,5% pour le deuxième trimestre et une croissance positive pour les quatre trimestres suivants : 2,3%, 2, 2,2 et 2,6%. Il n’était pas question de la croissance du dernier trimestre de 2007 qui, bien que faible, s’élevait à 0,6%. En d’autres termes, si on se fie à la définition communément acceptée d’une récession, deux trimestres consécutifs de croissance négative, les économistes interrogés par le quotidien ne prévoyaient pas la moindre récession.

Le lendemain, les chiffres réels de croissance pour le premier trimestre de 2008 étaient publiés.

Le site d’USA Today reproduisait, le jour même, une dépêche de l’Associated Press où on lisait ceci : « La croissance de 0,6% au premier trimestre, bien que faible, est supérieure aux anticipations ». Ce qui signifiait que, depuis que la croissance a repris lors de la première année de l’administration Bush, nous avons eu zéro trimestres de croissance négative.

Venons en maintenant aux chiffres de création d’emploi du mois d’avril.

La veille du jour de la publication des statistiques, Associated Press écrivait : « Les investisseurs s’attendent à des chiffres déprimants demain pour ce qui concerne l’emploi. Le Ministère du travail prévoit une perte de 750000 emplois en avril et une hausse du chômage à 5,2% ». Qu’est-il arrivé en réalité ?

En avril, l’économie a perdu 20 000 emplois. Ce qui n’est pas brillant, mais constitue une perte très inférieure à celle qui était anticipée. Quant au chômage : le chiffre est passé de 5,1% en mars à 5% en avril.
Ces données ont obligé AP à déclarer que les choses, après tout, n’étaient pas aussi noires que prévu: « Les derniers chiffres concernant la situation de l’emploi, bien que loin d’être excellents, ne sont pas aussi mauvais que certains ne l’attendaient. Les prévisions étaient une baisse du nombre d’emplois de 75 000, et un passage du chômage à 5,2%. Le chômage est, en fait, tombé à 5%. Le nombre de gens qui ont trouvé un emploi s’est révélé supérieur à celui de ceux qui ont perdu un emploi».

Mais passons à la suite. Dès lors que les données économiques ne sont pas venues confirmer les prévisions, AP est passé à une autre forme de raisonnement : « La règle dit qu’une économie est en récession si elle connaît six mois de contraction. Ce n’est, néanmoins, pas ce qui s’est passé pendant la récession de 2001 ».

Et c’est vrai, la récession de n’a pas été marquée par six mois de contraction : la contraction, alors, a duré trois trimestres.

En octobre 1992, lorsque le Président George Herbert Walker Bush faisait campagne contre Bill Clinton aux fins d’obtenir des électeurs un second mandat, l’économie était en croissance depuis 18 mois. Mais comme Investors Business Daily l’a noté voici peu, 90% des articles consacrés à l’économie dans la grande presse américaine étaient négatifs. Le mois suivant, après l’élection de Bill Clinton, et dans un contexte économique inchangé, le nombre d’articles négatifs était tombé à 14%.

Bien sûr, seul un cynique oserait suggérer que les nouvelles, au mois d’octobre 1992, étaient biaisées.


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Larry Elder est l’auteur de plusieurs livres dont The Ten Things You Can’t Say in America, St Martin’s, 2001.




Ecrit par LARRY ELDER
Le : 16/05/2008

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