Institut Turgot au service de la liberté
LE LIBRE ECHANGE EST BON POUR LA SANTE

LE LIBRE ECHANGE EST BON POUR LA SANTE

 
En cette période où la croissance américaine fléchit, les adeptes du protectionnisme ont le sourire. Comme toujours, ils dissimulent leurs objectifs réels derrière des « préoccupations » pour l’environnement, ou des « critères » sanitaires et sociaux. C’est un fait que la concurrence peut parfois tirer certains salaires vers le bas, et inciter les entrepreneurs à faire des comparaisons internationales. Cela dit, comme le montre une récente étude de Ann Owen et Stephen Wu (« Is Trade Good for Your Health? », Review of International Economics, Vol. 15, numéro 4, 2007), les avantages du libre échange dans le domaine de la santé sont immenses.
En analysant de nombreuses données concernant 219 pays, sur une période de 35 ans, ils montrent que les citoyens des pays les plus libres économiquement et commercialement sont en meilleure santé que ceux vivant dans des pays où l’économie et le commerce sont soumis à des contrôles plus stricts. Ils en concluent que la liberté économique et une plus grande ouverture commerciale sont étroitement liées à une baisse de la mortalité infantile et à une hausse de l’espérance de vie, tout spécialement pour les personnes de sexe masculin.  Dimension digne d’intérêt : la corrélation est plus forte et plus nette encore dans les pays en voie de développement que dans les pays riches. Une ouverture au commerce international dans les pays les plus pauvres suscite une amélioration rapide de la santé moyenne de la population. Ce sont, concluent les auteurs, les plus humbles qui ont le plus à gagner de toute ouverture commerciale.

Pour ce qui concerne certains points, Owen et Wu s’appuient sur des données concrètes : si les médicaments et des vaccins peuvent traverser des frontières plus facilement, il est logique de davantage de vies puissent être sauvées. Pour d’autres points, ils mettent au jour des aspects plus immatériels :  la connaissance qui découle de davantage d’ouverture au reste du monde a des effets induits très divers. « Dès lors que le commerce favorise les transferts de connaissance », écrivent-ils, « il est logique que des pays qui importent des produits venus de pays où plus de connaissances sont disponibles en tirent des avantages en termes de connaissances, y compris dans le domaine sanitaire ». Ils soulignent que la connaissance en termes de traitement des maladies, de pratiques d’hygiène et de programmes de préservation de la santé publique s’accroît avec le renforcement des liens commerciaux.
Pour ce qui est des principales maladies affectant les pays les plus pauvres, telles la malaria, la tuberculose, le sida ou la dysenterie, on peut penser, bien que les auteurs ne le disent pas, que l’amélioration est moins rapide que cela pourrait être le cas en raison de l’influence parfois perverse des aides internationales. On sait, en effet, que les actions de prévention financées par les gouvernements des pays riche sont souvent guidées non pas par la quête d’efficacité, mais par la volonté de satisfaire les groupes de pression agissant dans les pays riches eux-mêmes (ainsi en a-t-il été du refus, pendant des années, d’accepter l’utilisation du DDT pour lutter contre la malaria).

Les auteurs consacrent la seconde partie de leur étude à mettre à l’épreuve de divers autres faits la validité de ce qu’ils ont affirmé dans la première partie. Aux fins de montrer que des variables telles que l’inégalité des revenus et la redistribution fiscale ne changent rien aux résultats, ils mettent au jour, ainsi, des aspects qui doivent donner à penser. Ils établissent ainsi que l’aide étrangère n’a quasiment aucun impact sur la situation sanitaire d’un pays (sauf, partiellement, dans un domaine : celui de la purification de l’eau), et ils soulignent que si l’ouverture d’un pays au commerce international conduit toujours à une amélioration de la situation sanitaire de celui-ci, les actions visant à améliorer la situation sanitaire dans un pays ne conduisent pas nécessairement à l’ouverture de celui-ci au commerce international et à davantage de prospérité.
Ces découvertes détruisent les arguments des partisans des aides internationales. Des économistes tels que Jeffrey Sachs disent que nous devons d’abord nous occuper de la situation sanitaire dans de nombreux pays avant que les gens en ces pays puissent commercer, créer de meilleures institutions et sortir d’une pauvreté propice aux maladies. Les faits donnent raison à Owen et Wu. De nombreux pays ont reçu des quantités impressionnantes d’aide internationale, mais seuls ceux de ces pays qui ont mené des politiques raisonnables et se sont ouverts au libre échange ont vu leur situation s’améliorer.
Les travaux d’Owen et Wu ne peuvent conduire qu’à inciter tous les pays à ouvrir plus largement leurs frontières, et qu’à inciter, aussi,  l’OMC à poursuivre les discussions dans le cadre du programme de  Doha. Mes propres recherches ont montré que les taxes sur les médicaments restreignent l’accès à des soins efficaces, ce qui est particulièrement flagrant dans des pays tels que le Nigéria.  Le délégué américain au commerce international (secondé par les délégués de Suisse et de Singapour), a tout fait pour obtenir, par l’entremise de l’OMC, la suppression de ces taxes. Owen et Wu donnent des arguments pour aller plus loin en ce sens.
Et ils montrent qu’un futur président des Etats Unis pourrait faire bien davantage pour l’amélioration de la situation sanitaire du monde en diminuant ou supprimant les subvention agricoles et en accroissant les liens commerciaux avec les pays les plus pauvres qu’en finançant des programmes d’aide internationale.

 

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Roger Bate est chercheur à l’American Enterprise Institute.






Ecrit par Roger BATE
Le : 17/06/2008

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