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LES CONSOMMATEURS DE SOINS MEDICAUX EN SAVENT DAVANTAGE QUE LES GOUVERNEMENTS

LES CONSOMMATEURS DE SOINS MEDICAUX EN SAVENT DAVANTAGE QUE LES GOUVERNEMENTS

Voici de nombreuses années, le prix Nobel d’économie Kenneth Arrow a écrit un article sur l’asymétrie de l’information dans le domaine des soins médicaux (votre docteur en sait davantage que vous). Depuis lors, de nombreux auteurs, éditorialistes et politologues ont utilisé l’analyse d’Arrow pour affirmer que le marché libre ne peut pas fonctionner dans le secteur de la santé, et pour ajouter qu’en ces conditions, un système réglementé, institutionnalisé, bureaucratisé est nécessaire.
Le problème avec ce raisonnement est qu’il repose sur ce que les logiciens appellent le sophisme du tiers exclu. L’hypothèse implicite, et jamais soumise à une approche critique, est celle-ci : Un secteur réglementé est plus à même de résoudre les problèmes que le marché libre. En réalité, cette hypothèse est indéfendable.



Le tourisme médical
Ce qui vient à l’esprit immédiatement lorsqu’on aborde ce sujet est le tourisme médical. A l’échelle internationale, un marché libre, vibrant, en  plein essor, des soins médicaux est en train d’émerger. On pourrait même dire que l’expression « marché libre » est insuffisante. Ce qui se passe ressemble au capitalisme de « laissez faire » tel qu’Adam Smith aurait pu l’imaginer.

Et sur ce marché libre, les patients disposent d’informations sur les prix, sur la qualité et sur une multitude d’autres paramètres dont ils ne peuvent disposer dans leurs propres pays. La raison : Dès lors que les touristes médicaux paient avec leur propre argent, les fournisseurs sont en concurrence en termes de qualité et de rapports qualité prix. Les fournisseurs dans les pays où résident les patients, eux, ne sont en concurrence sur aucun plan et dans aucun domaine.
Voici les faits: Selon les estimations disponibles, un demi million d’Américains  se rendent à l’étranger chaque année pour se procurer des soins médicaux , et le nombre ne cesse de croître. Soixante-dix mille citoyens britanniques  (qui sont censés disposer de soins gratuits grâce au National Health Service) voyagent à l’extérieur du Royaume Uni pour les mêmes raisons. Ces gens se rendent dans des pays tels que l’Inde, la Thaïlande ou Singapour. Des forfaits incluant le déplacement et le séjour sont disponibles qui permettent aux intéressés de payer, tout compris, moitié moins cher, et parfois beaucoup moins encore que dans leur pays d’origine.

Discernant la tendance qui se dessine, les grandes compagnies d’assurance maladie américaines étudient aujourd’hui les façons dont elles pourraient entrer sur ce marché.

En dépit du fait que les coûts sont plus bas, la qualité des soins est élevée. Ainsi:
-les médecins qui bénéficient de ce tourisme médical sont souvent diplômés des meilleurs facultés de médecine américaines et européennes.

-140 hôpitaux vivant de ce tourisme sont accrédités par la Joint Commission international qui accrédite  les hôpitaux américains, et le nombre va s’accroître vite au cours des prochaines années.
- Certains hôpitaux vivant de ce tourisme sont possédés, gérés  ou affiliés à des établissements prestigieux tels que Johns Hopkins International.

Les meilleurs établissements vivant de ce tourisme ne se contentent pas de mettre à la disposition du public leurs normes de qualité : ils publient des grilles permettant la comparaison de leurs tarifs avec ceux des établissements occidentaux équivalents.

Il existe même désormais des agences de voyage spécialisées dans le tourisme médical qui aident les patients à trouver exactement ce qu’ils cherchent.

La qualité des soins n’est pas un problème médical, c’est un problème politique. Elle dépend de l’acceptation ou non par un pays de voir s’installer des institutions  à même d’assurer des soins de qualité à des prix compétitifs, pour des clients prêts à payer.  

Dans les circonstances actuelles, l’économiste de la santé Uwe Reinhard dit : « le tourisme médical pourrait avoir sur le secteur de la santé aux Etats Unis et ailleurs dans le monde occidental l’impact que les industries japonaises ont eu sur le secteur de l’automobile ».

Voici mes prédictions : Longtemps avant que le dernier hôpital américain n’ait fermé ses portes, le secteur médical aux Etats-Unis va connaître un changement radical. Le changement est d’ores et déjà amorcé.



Les mythes de la médecine socialisée
A mesure que l’essor du tourisme médical montre le pouvoir de la liberté de choix des consommateurs, de nouvelles informations émergent qui permettent de réfuter trois mythes qui n’ont cessé d’être invoqués  par les défenseurs des systèmes de soins socialisés.

Le mythe de la faiblesse des coûts administratifs. Dans une série d’articles publiés dans diverses revues médicales, David Himmelstein et sa femme Steffie Woolhandler, professeurs à la Harvard Medical School ont affirmé, par exemple, que les coûts administratifs du système de santé canadien sont très inférieurs  à ceux du système américain. Ils ont écrit, depuis là, qu’en adoptant le même système que le Canada, les Etats Unis pourraient, grâce aux économies réalisées, fournir une assurance gratuite aux non assurés.
Ils comptent, cela dit, dans les coûts du système d’assurances privées américain les frais de recouvrement des cotisations d’assurance. Et ils ignorent en parallèle, les coûts de recouvrement des assurances d’Etat par les services concernés.
Les études économiques montrent que le coût de recouvrement des assurances d’Etat est très élevé. En utilisant les estimations les plus basses, Benjamin Zycher, chercheur au Manhattan Institute a montré que le coût de recouvrement d’une assurance universelle gouvernementale aux Etats-Unis serait deux fois plus élevés que le coût de gestion total d’un système d’assurance universelle privé.

Le mythe de la haute qualité. Himmelstein et Woolhandler ont dit que l’espérance de vie au Canada est de deux ans plus élevée qu’aux Etats-Unis, sous entendant que les systèmes de santé des deux pays ont quelque chose à voir avec les résultats. On pourrait leur répondre que les médecins ne contrôlent pas divers paramètres tels que les abus d’alcool ou la composition, du régime alimentaire. Lorsque ces facteurs n’entrent pas en ligne de compte, la comparaison n’est pas favorable au Canada.

Dans une étude du National Bureau of Economic Research, David et June O’Neil ont établi un certain nombre de faits:
-Le pourcentage de femmes canadiennes d’âge médian qui n’ont jamais eu d’examen mammographique est le double du pourcentage pour les femmes américaines du même âge
_le pourcentage de femmes canadiennes qui n’ont jamais bénéficié d’un frottis cervico-utérin est le triple du pourcentage pour les femmes américaines.
-Plus de 80% des hommes canadiens n’ont jamais bénéficié d’un test PSA (destiné à la prévention du cancer de la prostate) : la proportion pour les hommes américains est de 50%.
-Neuf hommes canadiens sur dix n’ont jamais bénéficié d’une coloscopie, alors que sept hommes américains sur dix d’âge équivalent ont, eux, bénéficié d’une coloscopie.
Ces différences en matière de prévention peuvent expliquer pourquoi Américains atteints de cancer ont de meilleures chances de survie que les Canadiens atteints de cancer.

Ainsi:
Le taux de mortalité pour cancer du sein est 25% plus élevé au Canada qu’aux Etats Unis.
Le taux de mortalité pour cancer de la prostate est 18% plus élevé au Canada
Le taux de mortalité pour cancer colorectal est 13% plus élevé au Canada.

Il est clair que de nombreuses personnes dans l’un et l’autre pays ne sont pas traitées pour des problèmes qui exigeraient pourtant des soins médicaux . Cependant :
Parmi les personnes du troisième âge, le pourcentage de Canadiens qui souffrent d’asthme, d’hypertension ou de diabète et qui ne sont pas soignés est en moyenne le double du pourcentage américain pour les mêmes maladies.
Le pourcentage de Canadiens souffrant de problèmes coronaires et qui ne sont pas traités est trois fois le pourcentage américain.

Il semble que placer toute la population dans le cadre d’un système d’assurance socialisée universelle conduit à de moins bons résultats que préserver la liberté de choix.

Le mythe de l’égalité d’accès aux soins. L’argument le plus fréquemment utilisé en faveur de systèmes d’assurance santé socialisés est qu’ils donnent aux riches et aux pauvres un accès égal aux soins. Il n’existe malheureusement pas de preuve venant à l’appui de cet argument. En fait, le système d’assurance santé canadien semble avoir créé davantage d’inégalités qu’il n’en aurait existé sans cela (Des résultats similaires s’observent au Royaume Uni). L’étude des O’Neil montre que
-Aux Etats-Unis comme au Canada, la santé va de pair avec le niveau des revenus ; les gens disposant de faibles revenus sont en général en moins bonne santé  que les gens disposant de revenus plus élevés.
- Les inégalités en termes de santé semblent être plus élevées au Canada qu’aux Etats-Unis. Parmi les personnes âgées de moins de soixante cinq ans, les Canadiens situés au seuil de pauvreté et souffrant d’ennuis de santé chroniques est de 22% plus élevé que le nombre d’Américains de même catégorie d’âge et de ressources financières.


Conclusion
La globalisation de la médecine fait que les systèmes socialisés tels que le système canadien vont se trouver toujours davantage confrontés à une concurrence sur les marchés mondiaux. A moins que des pays tels que le Canada n’envisagent d’interdire à leurs citoyens de se rendre à l’étranger pour bénéficier de soins médicaux, les systèmes socialisés devront changer. Et quand ils changeront, les citoyens de ces pays seront en meilleure santé.
La bonne nouvelle pour tous les consommateurs de soins est que la concurrence globale leur donne des choix toujours plus vastes, en dépit des efforts des bureaucrates du secteur de la santé pour détruire la liberté de choix.


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John Goodman, décrit comme le « père spirituel des comptes épargne santé » par le Wall Street Journal est président du National Center for Policy Analysis. Il tient un blog à l’adresse suivante : www.john-goodman-blog.com.





Ecrit par JOHN GOODMAN
Le : 24/05/2008

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