Institut Turgot au service de la liberté
L'Assurance Maladie en Suisse

L'Assurance Maladie en Suisse

Le système suisse d'assurance-maladie peut servir  à la fois d'exemple et d'avertissement :



- d'exemple,  pour les Français,  qui ont un système  bien plus monopolisé et donc beaucoup plus cher,  parce que l'illusion de pouvoir établir une discipline par l'étatisation y affecte encore davantage les institutions,  et y cause donc de plus grands gaspillages.
Le système suisse demeure donc beaucoup moins cher que le français,  pour des services aussi bons voire meilleurs,  malgré  les institutions et les mensonges qui, dans les systèmes bismarckiens dont la France demeure un exemple,  s'emploient à empêcher de percevoir cette réalité.
 
- D'avertissement,  parce que,  malgré  cette bien plus grande liberté et responsabilité,  il est déjà lui aussi sujet à la même dérive des dépenses,  et pour les mêmes raisons :  le refus d'admettre que le consentement au contrat  est le seul moyen de régulation possible d'un système d'assurances,  et l'étatisation croissante,  dans l'illusion que l'Ersatz  du contrôle  bureaucratique permettrait de persister dans ce refus de la réalité alors qu'il est la cause de tous les désordres.

Dès  que l'ingérence  étatique  impose l'assurance :  dès qu'elle oblige à s'assurer,  et impose  des causes  et des conditions qu'on n'aurait pas accepté sans elle,  elle crée un risque moral parfaitement évitable
 

- en empêchant la liberté des contrats de trouver les moyens de le réduire,  et

- en imposant l'assurance  (dès lors dénaturée)  là où il l'aurait empêché d'exister  dans ces conditions.


C'est alors,  et seulement alors  que  le risque moral se traduit par un désajustement chronique  entre les primes  et les remboursements, entrainant  la dérive des dépenses et,  tant qu'on n'a pas identifié à son origine  la perversion de l'étatisme,  à l'enchaînement vicieux d'un interventionnisme croissant. 
Si le cas suisse peut servir d'avertissement,  c'est parce qu'il montre que ce degré d'étatisme-là est déjà suffisant  pour déclencher cet enchaînement et cette dérive.

Etatiser l'assurance-maladie c'est, au minimum,  interdire à la négociation   d'atténuer le risque moral jusqu'à ce que l'intérêt de l'assureur coïncide avec celui celui de l'assuré :


- c'est  détruire le principe de l'assurance  en forçant l'assuré à payer sans lui permettre de se dégager s'il en a assez de payer pour les autres,  ce qui transforme  le système en instrument de redistribution politique  et donc de destruction de richesses ;  au contraire,  l'assurance est une technique productive,  qui doit organiser une solidarité authentique, c'est-à-dire choisie,   et non pas une "solidarité" à la française,  qui n'est qu'un slogan au nom duquel les puissants dépouillent les faibles sans aucun profit pour personne.


- c'est  aussi interdire à l'assureur de faire son métier  en différenciant les risques,  qui sont sa matière première :  comme si on obligeait un constructeur automobile  à utiliser n'importe quelle tôle,  sans avoir le Droit d'estimer ses caractéristiques,  au moment d'en faire  des pièces. 
Rappelons que si le système suisse, à l'encontre de toute raison,  interdit désormais  de différencier suivant l'âge et le sexe, le système français  demeure infiniment pire puisque lui refuse de reconnaître jusqu'à l'existence du métier d'assureur,  et de pratiquer aucune de ses techniques.

C'est donc l'étatisation,  et elle seule,  qui développe le risque moral dans des proportions ingérables,  et subventionne toujours davantage les mauvais risques,  de sorte qu'il doit nécessairement s'effondrer,  avant d'avoir englouti toute la substance économique du pays qui le subit. 

Le cas de la Suisse permet alors de comprendre que,  même dans les proportions limitées qu'on y observe,  et dont la modération pourrait faire rêver des Français,  c'est toute  espèce d'étatisation de l'assurance-maladie  qui va à l'encontre du but supposé d'améliorer la couverture en réduisant les charges  :  au contraire,  elle crée un problème qui n'existait pas sans elle,  et ce problème est insoluble.

C'est donc pire qu'une politique de Gribouille :  Gribouille, dit-on,  s'était jeté à l'eau pour échapper à la pluie,  les organisateurs de l'assurance-maladie à la suisse  se sont jetés dans le lac,  au risque de s'y noyer,  alors qu'il ne pleuvait pas.
La différence majeure avec la France est que,  si le peuple suisse semble encore entretenir les mêmes illusions que les Français sur la prétendue "régulation sociale par l'Etat",  il conserve pour sa part le pouvoir démocratique  d'en demander des comptes s'il refuse d'en payer les ravages.
Vouloir l'étatisme sans vouloir ses effets  est certes une inconséquence,  où certains voient déjà un bon prétexte pour lui faire  avaler  les projets autrement plus autoritaires  et malhonnêtes dont ils le menacent déjà : cependant, c'est précisément dans cet autoritarisme-là que l'absurdité se trouve,  et on ne la  résoudra  qu'en écartant les Irresponsables Institutionnels  pour laisser les assureurs faire leur métier.

Au contraire du discours officiel, donc,  si l'assurance-maladie  peut fonctionner, c'est  à condition de ne pas l'être du tout,  étatisée :  c'est ce que j'ai entendu  démontrer  dans "L'Utopie de la régulation par l'Etat,  fléau de l'assurance-maladie",  dont cet article  m'a donné l'occasion de développer les arguments. 
Et  c'est aussi  ce qu'on constate de nouveau lorsque,  au lieu d'analyser le seul système suisse,  on le compare au français et au britannique :
                                                                
Les deux articles successifs de Stéphane Montabert,  décrivant le premier l'un un système pire que le nôtre, le second  un système bien meilleur,  permettent donc de tirer des enseignements comparables :
les trois systèmes se trouvent à des étapes différentes  d'une même dérive,  qui conduit aux mêmes gaspillages croissants,  parce qu'ils y ont introduit l'étatisme et l'irresponsabilité institutionnelle qui lui est inhérente.
Et on ne les voit encore fonctionner cahin-caha,  à leurs différents degrés,  que dans la mesure où ils n'ont pas entièrement proscrit le seul moyen de réguler les systèmes sociaux :  la responsabilité,  qui passe par le consentement.

François Guillaumat




Le Meilleur Des Mondes


Stéphane Montabert,  informaticien de profession,  a émigré en Suisse en 1998. Sa démarche était guidée avant tout par la volonté de fuir le modèle social-démocrate français.
Depuis, il lutte pour que son pays d'accueil ne devienne pas une copie conforme  de l'environnement débilitant qu'il a quitté,  notamment à travers son blog, Le Meilleur Des Mondes.



Un peu d'histoire

Le système de santé suisse est une construction législative dont la version actuelle remonte à la fondation de la LAMal, la Loi Fédérale sur l'Assurance Maladie dans l'élaboration de laquelle la vision collectiviste eut une place prépondérante. Introduite en 1994, la loi a été approuvée par votation populaire en 1996 - un succès personel de la socialiste Ruth Dreifuss,  Conseillère Fédérale du Département de l'Intérieur de l'époque, qui lutta avec beaucoup d'acharnement pour faire passer "son" projet.

La LAMal venait en remplacement d'une autre loi, la LAMA, remontant... à 1912.  Cette loi venait elle-même d'une modification de la Constitution remontant à 1890 (!) et chargeant la Confédération de régler par voie législative l'assurance sociale en cas d'accident et de maladie. La propension des Suisses à vouloir confier leur santé aux bons soins de l'administration d'Etat n'est pas nouvelle. L'histoire de la LAMA montre à quel point les intentions,  bonnes ou mauvaises, sont difficiles à traduire en actes : il fallut plus de vingt ans avant que le peuple n'accepte la recette que l'Etat lui avait concoctée, pourtant à sa demande.

L'accouchement de la LAMA fut difficile mais la suite de son existence ne fut pas moins douloureuse. Les empoignades politiques se succédaient ; tout le monde s'accordait pour dire que la LAMA n'était pas satisfaisante,  sans parvenir à se mettre d'accord sur un projet de réforme (et pour autant l'abroger, puisqu'elle correspondait à une inscription dans la Constitution).  Les tentatives de révision échouèrent les unes après les autres  après moultes commissions d'experts - en 1921, 1947, 1952, jusqu'en 1987. Une seule révision passa la rampe en 1964, alors que la loi était déjà âgée de plus d'un demi-siècle.

Vers la fin des années 80, l'échec de la dernière tentative de réforme en date amena le Parlement et le Conseil Fédéral à plancher sur une version totalement nouvelle de la loi au lieu de tenter de réformer ce qui existait. La LAMal fut le résultat de ce long chantier, abrogeant et remplaçant la vieille LAMA à partir de 1996. Révisée à plusieurs reprises, l'essence de la loi n'a jamais été profondément modifiée. On peut consulter le texte actuel sur le site de l'administration suisse.


Honni soit le marché

Dès le départ, le fonctionnement de la LAMal a été très réglementé,  et ce délibérément. Ces nombreuses directives  avaient pour but d'imposer l'observation de contraintes multiples :  responsabilité individuelle et solidaire des assurés,  maintien des coûts à un niveau plancher,  et obligations financières des assureurs. Ces mécanismes sont toujours en oeuvre aujourd'hui et chacun peut constater leur échec patent.

Pour forcer les citoyens à assumer leur responsabilité personnelle - chacun devant assurer sa santé - et sociale - les coûts étant partagés entre tous - la LAMal oblige tous les citoyens suisses à s'inscrire auprès d'une caisse maladie.  Ils doivent y contracter une assurance obligatoire  dans les trois mois de leur naissance ou alors de leur arrivée en Suisse.  Afin de maintenir les "prix bas", les assurés ont le droit de faire jouer la concurrence  pour changer de caisse; et pour éviter la "course forcenée aux profits"  (laquelle,  comme chacun sait, mène le monde à sa perte)  les caisses-maladies doivent être des entités sans but lucratif  (c'est-à-dire que la comptabilité n'y chiffre pas les avantages personnels des dirigeants).  Enfin, les caisses doivent maintenir un niveau de réserves financières imposées par la loi  afin de garantir les prestations aux assurés,  avec de sérieuses restrictions  sur les placement possibles de cet argent  (pour "éviter la spéculation".)

La LAMal est donc un inventaire à la Prévert  de voeux et surtout d'exigences  compilés  dans un texte de loi, sans considération aucune  pour les raisons d'agir des individus  ou les disciplines du métier d'assureur. En outre, l'équilibre financier du système se calquait sur des prévisions comportementales issues de l'ancienne loi - erreur de débutant.  L'échec de la LAMal  était donc prévisible, mais qui prête une oreille aux Cassandres ?  La classe politique de l'époque soutint le projet,  et rallia à sa cause la majorité de l'électorat.
Depuis, la déliquescence annoncée des assurances-maladie se fait toujours plus marquée, comme le peuple suisse en fait l'expérience amère. Un graphique permet de mieux percevoir l'évolution du coût de la santé:

Si, comme on le voit, l'introduction de la LAMal de 1996  n'a pas eu d'effet spectaculaire sur cette hausse, elle a aussi échoué à la contenir,  alors que c'était,  soi-disant,  son principal objectif. 
Tout cela se répercute sur les primes :  comme le montre une infographie du journal Le Temps,  un adulte de plus de 26 ans ayant choisi la franchise de base et une assurance accident  payait mensuellement 173 CHF en 1996.  Dix ans plus tard,  il paye 306 CHF par mois, soit 76% de plus : nous sommes loin de l'indice moyen des prix  quand les primes peuvent augmenter  de près de 10% en un an ; de ce point de vue, 2006  n'est qu'une "petite" année,  avec 2.2% de hausse seulement (ce qui entraîne immédiatement force auto-congratulations de la part des pouvoirs publics.)  Et n'oublions pas,  dans le même intervalle, la franchise elle aussi a "évolué" ;  la plus haute est désormais de 2 500 CHF. En deçà, l'assuré doit payer intégralement de sa poche...

Malgré la hausse "relative" des coûts de la santé,  les primes explosent  et tiennent une part toujours croissante dans les budgets des ménages,  au point de pouvoir désormais se comparer au montant  de leur loyer.  Une proportion grandissante d'assurés  n'ont tout simplement  plus les moyens de s'acquitter de leurs primes - l'Etat se chargeant alors de prendre financièrement le relais.  Ceux qui ont encore les moyens  se retrouvent donc ,  et de plus en plus,  à payer deux fois, une fois pour eux-mêmes  (non sans payer pour les autres par  la solidarité avec leur classe de risque)  et une fois pour les autres (en payant à travers l'Etat, c'est-à-dire l'impôt,  pour ceux-qui-ne-peuvent-pas-payer,  à la fois pour eux-mêmes et désormais pour les autres).  Cela commence à faire beaucoup de solidarité,  et elle est de plus en plus à la française,  c'est-à-dire  de la redistribution politique imposée aux faibles par les puissants. Le système commence  d'ailleurs à tourner à vide - coûtant de plus en plus cher tout en restreignant progressivement la gamme des prestations remboursées.


L'orviétan de l'étatisme

Chaque homme politique a évidemment sa petite explication. Les uns posent comme un fait établi que, si les coûts de la santé augmentent,  c'est à cause de nouvelles technologies  ou de nouveaux médicaments coûteux.  Les laboratoires pharmaceutiques se retrouvent donc désignés coupables.  Pourtant, aucun traitement révolutionnaire n'est apparu dernièrement ; les courbes ne montrent d'ailleurs aucun à-coup. Les génériques tiennent une part de marché toujours plus importante dans les pharmacies ; et enfin, l'Etat ordonne aux assurances d'exclure toujours plus de thérapies ou de médicaments des prestations de l'assurance de base, sur le même principe restrictif que la Sécurité Sociale française, qui paraît décidément le modèle à suivre,  en attendant pire...

D'autres annoncent que si les coûts augmentent,  c'est parce que la population vieillit.  Pourtant, personne ne peut prétendre que l'âge moyen de la population ait augmenté dans la même proportion de 73%  que les primes-maladie sur les dix dernières années. Selon l'Office Fédéral de la Statistique, l'espérance de vie à la naissance  est passée de 75.8 ans en 1981 à 81.3 ans en 2005: avec seulement six ans d'espérance de vie gagnée en un quart de siècle, on peut difficilement parler de révolution. L'âge moyen de la population a certes augmenté, mais pas dans des proportions foudroyantes :  le rapport des 20-64 ans aux personnes âgées de 65 ans et plus est resté pratiquement inchangé depuis vingt ans (chiffres).

Fidèles à leur idéologie, les socialistes avancent que l'échec de la santé est celui du "marché" et de la "concurrence" - marché et concurrence étant ici les piètres simulacres qui en sont donnés par des caisses-maladie engoncées dans leur carcan législatif. Mais peu importe aux socialistes. S'il reste le moindre zeste de marché, alors le coupable est tout trouvé. La solution passe évidemment par plus d'Etat, de directives, de contrôle, et de centralisation pour faire "des économies d'échelle". L'échec constant de cette façon de voir  partout où elle a été mise en oeuvre, à commencer par la France,  n'effraie pas le peuple suisse qui semble adhérer aux explications socialistes,  malgré toutes les voix qui rappellent sans cesse que les frais de gestion des caisses ne représentent que 5% de la facture de la santé. Il y aura donc une votation en 2007 sur une Caisse Unique, qui permettrait d'aligner encore davantage le système helvétique sur son modèle hexagonal en faillite.

Quant au financement de l'ensemble - quelle que soit sa structure - la solution passe évidemment par l'impôt. La stratégie socialiste consiste donc à transformer les déficiences patentes du système de santé en outil supplémentaire au service de leur lutte contre les "riches".

Il est fort regrettable que tant de gens prêtent encore du crédit à ceux qui ont mis en place la LAMal. Quand un garagiste vend une voiture qui tombe en panne et propose ensuite des solutions miracles pour la réparer, le bon sens ne réclame-t-il pas une sérieuse méfiance sur l'honnêteté et la compétence de l'individu?  Mais pas en Suisse où, les médias aidant il est vrai, on prête une oreille attentive aux solutions socialistes pour régler les problèmes du système de santé. Mais le plus honteux de l'approche socialiste est de faire croire que le système actuel est un marché alors qu'il en est à mille lieues, du fait de leurs efforts pour imposer la LAMal.


Le système de santé prend une part toujours plus lourde dans l'économie
Il faut bien l'admettre, la hausse des coûts de la santé n'a rien de naturel. Aucune des explications usuelle de la classe politique ne parvient à expliquer pourquoi le coût du système de santé augmente si vite par rapport à la richesse du pays, au point de compter en 2003 pour 11.5% du PIB  (pour le contexte complet des statistiques, voir ici.)


Le diagnostic libéral

Un libéral avancera quant à lui des arguments économiques et psychologiques.

En Suisse, la santé est de plus en plus chère,  entre autres à cause de l'absence de concurrence réelle. La Suisse est dans les faits  un marché doublement captif. D'une part, chaque individu a l'obligation de contracter,  et d'autre part,  seules les caisses-maladie agréées par le Département fédéral de l'intérieur sont des interlocuteurs valides  pour cette démarche.  Le critère "non lucratif" des caisses ne les empêche pas de récolter des cotisations toujours plus élevées  (il y a bien des façons de distribuer de l'argent pour faire apparaître un bilan financièrement neutre)  mais repousse l'implantation d'éventuels concurrents internationaux par ses mesures protectionnistes. Quand on interdit profits et nouveaux venus, comment s'étonner que nul concurrent ne vienne troubler la quiétude des lieux?

On voit donc que ces multiples contraintes réglementaires sont autant d'entraves  à la concurrence : le législateur a imposé  un monopole institutionnel,  en faisant semblant de ne pas connaître  ses conséquences - une moindre qualité pour des prix plus élevés.

Même si le gérant d'une caisse, pris d'une fièvre aventureuse soudaine, souhaitait secouer l'ordre établi et se lancer dans une guerre des prix,  l'absence de toute perspective de bénéfice  rendrait l'opération sans intérêt.  En outre, les caisses ont l'obligation d'assurer,  quel que soit le comportement à risques des candidats : elles ne peuvent pas mettre en place des contrats d'assurance qui récompenseraient les  modes de vie vertueux. N'allez pas croire pour autant que chacun est à la même enseigne ; les personnes âgées payent leur santé encore plus cher.

De la même façon, les Suisses ne peuvent pas non plus refuser de s'assurer,  même si la "solidarité" à laquelle  on les soumet leur fait payer finalement bien davantage en frais de santé  qu'ils paieront jamais de toute leur existence à titre personnel.  Le système ressemble toujours davantage à une escroquerie  où les "assurés"  sont avant tout des payeurs contraints par la force :  l'Etat peut même étendre, selon des critères discrétionnaires,  l'obligation de s'assurer à des personnes qui n'ont pas de domicile en Suisse (Article 3.3).  Les procédures de changement de caisse sont compliquées et liées au calendrier - d'où cette étrange bourgeonnement, typiquement suisse, de campagnes de publicité pour les caisses de santé après l'ouverture de la chasse,  lors des "périodes favorables"  en octobre et novembre.

Un tel fonctionnement du système  n'incite pas à la modération :  une fois la franchise dépassée, l'assurance-maladie prend le relais : le patient qui a atteint la limite  a donc tout intérêt à consommer autant de soins que possible,  puisqu'il est désormais dans le nirvana  où d'autres se chargent de la facture.  La population suisse se retrouve coupée entre ceux qui se serrent la ceinture  et maintiennent leurs dépenses de santé proches de zéro, et ceux qui s'en donnent à coeur joie   parce qu'ils sont au-delà de la limite. C'est le principe du forfait, et c'est d'ailleurs pour cela  que la théorie de l'assurance  exclut normalement un remboursement à 100 % au-delà de la franchise. Evidemment, la charge financière engendrée par les seconds suffit à faire couler le système  malgré toutes les restrictions que s'imposent les premiers.

Ces points de vue avaient déjà été exprimés dans un billet sur la santé à deux vitesses.

Il y aurait bien d'autres points à aborder,  la privatisation des hôpitaux par exemple,  mais tous iraient dans la même direction : moins d'Etat, en faveur d'une société civile plus transparente  (l'Etat a un rôle à jouer pour cela), plus efficace, et plus proche de la réalité. Cela fait un siècle que l'Etat s'immisce toujours davantage  dans le système suisse de santé,  un siècle que ses coûts augmentent, et un siècle qu'on explique qu'en faisant intervenir un peu plus l'Etat,  les choses s'arrangeraient. Jusqu'où faudra-t-il aller pour comprendre  que c'est dans cette erreur-là,  et pas ailleurs,  que se trouve justement le problème ?


Conclusion

Il y a plus d'un siècle, les Suisses ont été victimes  d'une illusion collective.  Attribuant à une entité abstraite, l'Etat, la capacité magique de régler leurs problèmes à leur place  mieux qu'ils ne le feraient eux-mêmes,  ils abandonnent à son administration le pouvoir d'organiser un système de santé.
Depuis, ils ne cessent de souffrir  des conséquences  de cette délégation ; cependant,  à ce qu'il semble, ces épreuves parfaitement évitables  ne les éclairent pas :  au contraire,  elles renforcent leur foi, selon le principe du "sans cela, ce serait sans doute pire".  Pourtant,  même les Suisses très âgés - ceux qui vivaient autour des années 1996 - se rappellent peut-être  qu'en ce temps-là, il n'y avait guère en Suisse d'hécatombe de malades mourant faute de soins  devant la porte des hôpitaux...

Les raisons de cet aveuglement  mériteraient plusieurs ouvrages; la confusion des concepts amène des fautes de raisonnement qui, loin d'être anecdotiques,  peuvent causer la ruine d'une population entière. Toutefois, les limites du système sont atteintes - quand il ne s'agit pas, pour beaucoup, d'une limite financière tout court.

Alors, que manque-t-il à ce système pour qu'il marche?  La responsabilité, bien sûr,  c'est-à-dire  la liberté.
La liberté pour les citoyens de s'assurer ou non,  auprès de qui ils veulent,  et d'en assumer les conséquences - la base même de la vraie responsabilité,  sans laquelle toute liberté est une illusion.
La liberté pour les caisses de proposer tous les contrats qu'elles veulent,  donnant enfin une couverture à la carte adaptée aux spécificités de chaque client,  et de faire du profit - un profit juste et mérité, acquis face à une véritable concurrence. 
Bien sûr, il y aura les exclus,  les laissés-pour-compte de la santé : ceux-là seront pris en charge par le milieu associatif privé,  mille fois mieux organisé et performant  que la machinerie gouvernementale. Et s'il le faut vraiment, l'Etat... Mais que ce dernier prenne enfin le strapontin qu'il mérite dans les affaires de santé du peuple suisse,  au lieu de diriger le tout.

Paradoxalement, la population suisse a déjà sous les yeux,  les bons exemples de systèmes qui marchent.
Pour faire l'éloge du marché,  on pourrait évoquer la téléphonie mobile, où les opérateurs rivalisent d'imagination  pour proposer toujours mieux et moins cher.
Cependant, pour faire l'éloge d'un système de santé libre, ne suffit-il pas  d'observer  le marché des assurances complémentaires - les annexes optionnelles au système de santé obligatoire ?  Optionnelles, tout est là : dans le terme,  et dans la chose aussi. La différence de choix, de prestations, de rapport qualité-prix,  est abyssale comparée à l'assurance obligatoire.
Quelle est cette étrange nuance  qui permet à ce pan de l'assurance-santé  de croître et de fleurir  en restant financièrement sain? Tout simplement, la liberté des gens de s'assurer ou non,  et la flexibilité laissée aux caisses  pour définir leurs prestations et en tirer profit.  Il n'en faut pas plus.

Références


"L'Utopie de la régulation par l'Etat,  fléau de l'assurance-maladie" par François Guillaumat
"Le SMIC à 1500 euros en 2012 : ignorance ou mensonge ?" par Georges Lane
Recueil de textes de Ludwig von Mises, par Hervé de Quengo
"Les dangers de la réglementation : une approche par les processus de marché" par Israel Kirzner
"Laissez-faire",  article dans Liberpédia
Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas,  par Frédéric Bastiat
"Political Welfare is pure Waste / Redistribution = dissipation", par François-René Rideau
"Loi de Bitur-Camember", article dans Liberpédia
"Pourquoi 'La Loi de Bitur-Camember'" par François Guillaumat et Georges Lane
"Le risque moral et la régulation des systèmes financiers" par Georges Lane et François Guillaumat
"Les quatre leçons de Serge Gainsbourg - Introduction à la solidarité libérale",  par François Guillaumat
"Je souhaiterais savoir dans quel univers parallèle vous vivez, parce que j'aimerais bien m'y installer", par Philippe Lacoude

"Loi fédérale sur l'assurance-maladie"
"Ruth Dreifuss", article dans Wikipédia
"Le Conseil fédéral suisse"
"Département fédéral de l'intérieur"
"L'assurance-maladie en Suisse",  par l'OFAS
"Evolution des primes dans l'assurance de base", Le Temps,  2006
"Etat de la population et évolution démographique - Données, indicateurs", Statistique suisse
"Système de santé : Coûts et financement - Chiffres clés",  Statistique suisse

Santé publique, santé en danger,  étude du Professeur Jean-Luc Migué pour l'Institut Turgot
"Le financement public, piège pour les professions libérales", par François Guillaumat
Les péripéties de la législation suisse sur Wikipédia
"De la santé à la maladie : une approche libérale de la santé",  conférence du Dr Guy-André Pelouze
Intervention de Daniel Laurent (Institut Montaigne) au colloque sur la santé
Intervention d’Agnès Verdier (IFRAP) au colloque sur la santé



Ecrit par Stéphane Montabert
Le : 02/10/2006

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