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Vers une récession planétaire ?

Vers une récession planétaire ?

par Guy Millière



Liquidity crunch. Diminution drastique des liquidités disponibles. Tel est le terme le plus souvent utilisé pour décrire la situation financière aux Etats-Unis et sur les marchés du reste du monde développé. Certains, évoquant les difficultés ou l’effondrement qu’ont connu divers fonds spéculatifs dits hedge funds, la baisse de quelques indices boursiers, la succession de défauts de paiements de divers acheteurs sur le marché immobilier américain entraînant saisie de biens, vente par foreclosure pour un prix bradé et, pour finir, la dépréciation de la valeur de maisons et d’appartements aux Etats-Unis, commencent déjà à parler de krach mondial, de récession touchant, par contamination, les continents les uns après les autres.

Il nous semble nécessaire tout d’abord de raison garder et d’éviter toute forme d’affolement, ensuite de procéder à une mise en perspective.

D’abord, c’est exact, les liquidités disponibles seront moins importantes, les taux de crédit vont se trouver réévalués en fonction d’une prise en compte de risques dont on découvre qu’ils sont plus grands qu’on ne l’imaginait voici peu encore, les entreprises qui semblaient susceptibles de faire l’objet d’un achat, d’une restructuration et d’une revente par les private equities sous la forme d’une opération de leverage buy out (effet de levier), vont sembler moins attractive, ce qui va restreindre le nombre d’opérations. Il se peut ensuite qu’en conséquence, un fléchissement des indices boursiers se poursuive encore quelque temps, tout comme un fléchissement du marché immobilier américain.

Qu’on soit d’accord ou non avec les rédacteurs de The Economist, qui notent qu’il s’agit d’un « ensemble d’ajustements salutaires » né, précisément d’un « excès de liquidités » qui a conduit à un « excès d’emprunts », il n’en reste pas moins que ce qui se produit survient sur un arrière fonds très sain, voire extrêmement sain.

-Les Etats-Unis sont dans une phase de croissance forte depuis six ans sans interruption, et en situation de plein emploi. Quiconque serait licencié demain à Washington aurait bien davantage de chances de retrouver un emploi dès demain à Washington même ou n’importe où sur le territoire américain que quelqu’un qui perdrait sont emploi à Paris, Berlin, ou même Londres.

-l’immobilier américain n’est pas en situation cataclysmique. Des prêts à risque (subprime) ont été consentis et ont occasionné des défauts de paiement, mais les prêts à risques ne représentent qu’environ 15% du total des prêts et les défauts de paiement ne représentent, eux, que 0,6% de ce même total. Des appartements et maisons ont été vendus à perte et en dessous des prix du marché aux fins de rembourser les prêteurs, mais ce n’est, en conséquence, qu’une infime partie des appartements et maisons faisant l’objet de transactions immobilières. Des emprunteurs qui n’ont pu faire face aux échéances doivent rembourser leurs dettes tout en ayant perdu les biens pour l’achat desquels ils avaient emprunté, mais ils ne constituent qu’une infime minorité des emprunteurs. Les prix ont baissé, mais se situent toujours nettement, partout aux Etats-Unis, au-dessus de ce qu’ils étaient voici quatre ans seulement. Et rien ne montre qu’un écroulement des prix est en train de survenir.

-Les bourses qui sont censées s’être « effondrées » se retrouvent à des niveaux plus bas qu’en début d’année, mais, en général, bien plus haut d’une douzaine de points en moyenne, que l’an dernier à la même date, ce qui traduit, plus loin qu’aléas et fluctuations, davantage qu’un maintien des indices. La bourse américaine en elle-même enregistre encore, baisse récente comprise, une hausse de 80% depuis octobre 2002.

-la croissance moyenne sur la planète sera, cette année, d’environ 5%, et aucun institut de prévision n’envisage un fléchissement du rythme actuel. La Chine peut menacer de vendre ses investissements aux Etats-Unis, mais ce ne sont que des mots dès lors que la victime essentielle de ce genre de menace, si elle était mise en œuvre, serait la Chine elle-même qui provoquerait ainsi une cassure de la croissance américaine, mais aussi et surtout une cassure de la croissance chinoise, avec toutes les conséquences qui pourraient en découler dans un pays où les zones développées doivent absorber en moyenne annuellement dix millions de travailleurs nouveaux venus des campagnes.

Alors ? Krach mondial ? Récession planétaire ? Très vraisemblablement ni l’un ni l’autre. Et les prophètes de malheur en ce domaine comme dans d’autres resteront très vraisemblablement ce qu’ils sont : des prophètes de malheur. Très vraisemblablement ce qui s’opère sera un simple ajustement comme il en survient de temps à autre. La croissance américaine sera peut-être un peu plus faible. La consommation américaine fléchira peut-être un peu. Les banques centrales injecteront des liquidités, ce qu’elles font déjà. Des acteurs qui ont pris des risques excessifs seront éliminés du marché. Le marché continuera à jouer son rôle. Les nouvelles techniques et les nouveaux produits financiers continueront à jouer le leur, à porter l’innovation et le dynamisme.

Comme l’écrivait Brian Wesbury dans le Wall Street Journal le 10 août dernier : « L’économie planétaire n’a sans doute jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. Les accomplissements des nouvelles technologies font monter le niveau de vie de milliards de gens sur la planète et promettent de faire davantage encore dans les années à venir. Ce qui est triste est que tant de gens ne jouissent pas de la prospérité dont ils jouissent parce qu’on dissémine des inquiétudes concernant le futur ». On ne peut ignorer pour autant le risque de voir des prophéties se réaliser sous le simple effet des conséquences de leur énonciation : si, d’aventure, le Congrès américain envisageait d’exploiter la situation pour prendre des décisions protectionnistes, pour parler de la nécessité de relever les impôts ou d’ajouter de nouvelles régulations à celles existant déjà, des incertitudes s’ajouteraient aux incertitudes et pourraient aggraver les craintes actuelles. Si, en Europe, des projets du même genre se profilaient, des incertitudes supplémentaires s’ajouteraient encore. Le cataclysme qui pourrait suivre alors ne devrait rien à la situation économique et aux activités des acteurs de la finance, mais tout à ceux qui, en prétendant agir pour éviter le pire n’auraient fait que provoquer son irruption.

Sebastian Mallaby a offert, dans le Washington Post du 13 août, ce qui reste, à ce jour, la meilleure synthèse de ce qui vient de survenir et de ce qui peut se passer : « de nouveaux instruments financiers rendent plus facile l’emprunt par de nouveaux emprunteurs, il en résulte des profits pour l’inventeur des nouveaux instruments, et des gains pour les consommateurs… quelques utilisateurs utilisent le nouvel instrument de manière inadéquate, et quand les conséquences suivent, l’innovation se trouve dénoncée comme intrinsèquement dangereuse…Quand la stabilisation revient, les nouveaux instruments se révèlent bénéfiques et dépourvus de danger ». Ce qui se passe avant la stabilisation dépend de la lucidité ou de la myopie des principaux décideurs politiques.

Guy Millière




Ecrit par Guy Millière
Le : 20/08/2007

3 Contributions

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24/08/2007
Robert Bland
Vers une récession planétaire ?

Je ne partage pas beaucoup l'analyse de Guy. L'encours sort des Hedge Funds apres les retentissantes pertes de ces derniers y compris de ceux qu'on pensait etre mieux geres. Le banques se debarassent de leurs actifs risques pour faire face aux appels de marges sur les produits structures de type CDO. Toutes les banques a des degres divers sont touchees mais aucune d'elles ne sait exactement valoriser les pertes car pendant trop longtemps les produits sophistiques que sont les CDO n'ont pas ete "Markt to market" mais "Markt to model". Autrement dit, les CDO traites sur des marches OTC (de gre a gre) moins liquides que les marches dits organises, n'ont pas ete valorises par rapport au prix du marche mais par rapport a un prix "theorique" issue de modele plus ou moins fiables. Maintenant que la prise de conscience du risque fait son entree sur la scene financiere apres des annees de deni collectif, le pire est a craindre. De plus l'inflation resurgit et l'environement economique ressemble plus aux annees 70 qu'a des annees fastes.
Pour les investisseurs, il est temps de prendre ses gains, de placer son argent a terme (24 ou 48 heures) . Il est urgent d'attendre mais au sec.

01/09/2007
Pascal Schvester
Vers une récession planétaire ?

L’auteur parle d’un «arrière fonds très sain, voire extrêmement sain» à propos de l’économie ce qui devrait nous protéger des crises financières. Là réside la faille dans l’analyse. Les sous-jacents ne sont pas sains bien au contraire.
Il suffit de lire la page 10 et les tables 2 & 3 du rapport annuel des finances américaines présenté par le secrétaire au Trésor US, Henry Paulson, en Déc.2006. http://fms.treas.gov/fr/06frusg/06frusg.pdf. Il dit:
«Les engagements et prestations sociales et leur impact financier net montrent que ces programmes sont sur une voie fiscale impraticable et que des choix difficiles sont nécessaires pour résoudre sur le long terme, ce gros déséquilibre croissant. Retarder cette échéance coûtera encore plus cher et renforcera la difficulté au moment où la première vague des baby boomers pouvant prétendre exercer ses droits sociaux arrive en 2008.»
Le rapport montre qu’en tenant compte de ces engagements sociaux, que le pays est actuellement endetté à hauteur de 53 000 milliards de dollars, soit 400% son PNB. Ce n’est pas la croissance de 4 ou 5%/an construite à crédit sur la dette grandissante qui va y changer quoi que ce soit. Les fondamentaux sont malsains et le supprime qui alimente toutes chroniques financières actuelles n’est qu’une rayure sur une carrosserie dont la peinture arrive de moins en moins à cacher la rouille. Il est clair qu’un Congrès lucide ne pourra, à plus ou moins long terme, pas passer à coté de choix difficiles: remonter les impôts ou diminuer le prestations sociales. Dans un cas comme dans l’autre, ce sera moins d’argent, beaucoup moins d’argent, dans la poche des contribuables US et une baisse de leur niveau de vie. Personne ne pourra prétendre, comme pour le supprime, avoir été pris par surprise.

03/09/2007
Nicolas
Vers une récession planétaire ?

Plus que la probabilite d'une recession c'est sans doute les modes de creation de richesses qui pose probleme. On est en effet passe progressivement depuis l'abandon de l'etalon or a un systeme de creation monetaire fonde sur la fiat money, entendons par la la creation de liquidites sous la forme de credits encore appeles dettes dans des proportions quasi illimitees. Les actifs valorises au bilan des institutions financieres sont en fait des dettes qui sont transformees en actifs par la creation de credits inscrits au banking book ou par titrisation de ces dettes qui deviennent des expositions incsrites au trading book quand les banques rachetent leurs propres obligations collaterallisees 9CDO, CLO, CSO, CLN, etc) qui jouissent d'un rendement plus intessant que les creances sous-jacentes par le double jeu de l'effet de levier et du rehaussement de credit. C'est ainsi que l'on peut creer, dans des proportions inconnues depuis que l'econoomie existe, de la valeur qui est en fait de la plus value financiere sur des expositions de produits derives dont on a presque oublie la nature du sous-jacent au gre des transactions entre les banques et leurs contre-parties comme les hedge funds ou tout autre fonds d'investissement. La couverture du risque credit pour les banques permet a leurs contreparties de profiter de l'effet de levier et des hauts rendements alors que la couverture pour deprciation des actifs couverts est souvent plus theorique que pratique. Mais personne n'en a cure dans un contexte de rotation rapide des expositions finances par des operations repo a tres court terme avec la benediction des banques centrales qui offrent les ressources overnight necessaires a ce genre d'operations. Question: ce systeme de creation de valeur n'est-il pas quelque peu pervers dans la mesure ou la richesse produite repose en en fait sur la creation de titres de dettes transformes en instruments de marche?

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